Le
bonheur est dans le Gers, on le savait déjà,
mais le Génie, il est où ? Jai cherché
un peu, pas beaucoup, jai trouvé tout de suite :
il est dans le Gers aussi. On sen doutait, on se disait
bien quautant de merveilles, de douceur de vivre et de bonnes
choses rassemblées dans un même lieu, ça cachait
forcément quelque chose.
Jai trouvé quoi : les Gersois ont du Génie.
Je vous rappelle quand même que le Gers, cest la Gascogne,
et que la Gascogne, cest dArtagnan : moi, sans dArtagnan,
je ne serais pas ce que je suis.
Jai ramené, de leur génie, dans ma mallette,
des preuves par dizaines, des preuves à boire et des preuves
à manger, en voici une, une seule, mais confondante, que
je vous livre telle quelle : le petit village de Saint Mont
cache la plus Géniale des coopératives vitivinicoles
quil mait été donné de rencontrer
ces dernières années !
On ne va pas dire de mal de nos amis vignerons : ceux qui pleurent
sur la mauvaise santé de la filière, sur leurs mauvais
résultats, sur les ventes en plein déclin, ne sont
pas toujours ceux qui font les meilleurs produits. Jen croise
tous les jours, des viticulteurs heureux, des vignerons comblés
à la clientèle fidélisée et aux stocks
dévalisés : ils font des bons vins, des vins de
caractère, à forte personnalité, quils
vendent à un prix raisonnable, des petits vins et des vins
moyens qui font tourner lexploitation, des vins plus élaborés
quils élèvent avec amour, des mélanges
de cépages étudiés avec finesse, hardiesse
et inventivité, des vins, on va dire, divins. Ils sont
des artistes, des artisans.
Revenons à nos producteurs Gersois de Saint Mont et à
leur coopérative
des Caves de Plaimont : elle a su développer toute
une gamme dexcellents vins, du prêt à boire
à la haute Couture, du vin pour tous les jours, Corolle
et Colombelle (entre 3,5 et 4 euros), au vin de Pays, Côtes
de Gascogne ou Côtes du Condomois, du vin de soif, peu alcoolisé
(9,5°), au Grand cru, le Madiran (14,85 euros), le vin préféré
des mousquetaires (ah, le Madiran Plénitude à la
capsule détain, cest un délice qui réveillerait
Aramis et qui confine au Génie), ou le Saint Mont, mais
aussi des vins originaux, comme le Pacherenc de la Saint Sylvestre,
dont les vendanges ont lieu du 31 décembre dès 9
heures 30 jusquau 1er janvier à laube ! Les
raisins sont confits, ils donnent un vin liquoreux aux arômes
de miel et dépices : 10.000 bouteilles sont ainsi
vendues chaque année.
Je vous reparlerais bientôt de ce Pacherenc de Vic-Bilh,
et de la
Cave de Crouseilles, qui sassocie à Plaimont
le long de la Route des Chais et Châteaux du Madiran et
du Pacherenc.
Lorsque
la cave coopérative de Plaimont a acheté le
Château Saint-Go, à Bouzon-Gellenave, elle en a confié
lexploitation à six viticulteurs rémunérés
selon leur efficacité : le Domaine devient rentable en
huit ans, une société civile immobilière
est créée pour gérer le Château et
ses terres, avec plusieurs actionnaires, dont les six jeunes vignerons,
à qui est confiée la conduite de la vigne et la
vinification.
Génial, non ? Ici, le vin est pour de vrai lié à
des hommes et à des parcelles. Saint-Go nest quun
Château parmi une multitude dappellations : les producteurs
de Plaimont cultivent sur le même modèle 5.000 hectares
de vigne, ils produisent 32 Millions de bouteilles (contre 150.000
en 1974 et 1.500.000 dix ans plus tard), dont la moitié
part à lexport (Scandinavie, Asie, et même
Mongolie !), la Cave emploie 130 salariés et fait bosser
1.500 vignerons associés.
Avec un tel enthousiasme communicatif, la Fête est toujours
à lhonneur : les Caves de Plaimont sont partenaires
du voisin festival
Jazz in Marciac, elles organisent en mars les dionysiaques
Fêtes de Saint-Mont et les fameuses vendanges de la Saint
Sylvestre, ouvertes à tous (dans la limite des places disponibles
: inscrivez-vous vite au 05.62.69.62.87 pour finir lannée
en beauté).
Les
Caves de Plaimont ont aussi créé un réseau
daccueil des vignerons, dont le fleuron est à mon
goût le Château du Bascou
: trois chambres de charme (69 euros pour 2), une piscine et une
table dhôte (25 euros le dîner gascon, accompagné
des vins du Domaine), installés au cur du vignoble,
chez de vrais vignerons, Élisabeth
et Florent Poinsot, qui travaillent la vigne et vous accueillent
dans une magnifique Bastide : elle appartient à la coopérative,
ils ont pour mission de la gérer, en famille.
La déco du Bascou, laccueil et la table sont particulièrement
chaleureux.
Lidée est loin dêtre bête : non
aux campagnes qui se désertifient, non à la mort
du terroir. Celui qui aime les vins de Plaimont aimera aussi la
région qui les produit : un vin, cest comme un gamin,
il a des parents, il est né quelque part. Cest toujours
un hasard, mais ça le marque à tout jamais : il
a des racines, un chez-lui où il se sent bien. On est aussi
ce quon est né : on le reste même toute sa
vie, quon soit un vin ou un gamin. Le réseau daccueil
des vignerons procure du boulot aux conjoints et du taf aux voisins
: le boulanger, lépicier, léleveur,
le boucher se félicitent de la manne touristique ainsi
ouverte. Le touriste repu, ébahi, extatique, se la coule
douce sur la terrasse, se perd, derrière la fenêtre
de sa chambre, dans la contemplation du Parc et de ses vignes,
se balade insouciant le nez au vent et apprend à comprendre
les vins quil a su aimer, sans se rendre compte que dans
ce Pays de Cocagne, il est un apport économique non négligeable.
Cest à côté du Bascou quest élaboré
un des joyaux des Caves
de Plaimont : lExpression de Saint-Go, un Saint Mont
blanc, rosé ou rouge, fait de cépages plutôt
locaux (Tannat, Pinenc et Cabernet Sauvignon pour le rouge et
le rosé, Gros Manseng, Petit Courbu et Arrufiac pour le
blanc). La robe pourpre aux reflets grenat du Rouge, élevé
de 12 à 14 mois en barrique, son nez complexe de fruits
des bois et de griotte, ses tanins charmeurs et épicés,
subtilement vanillés en finale, font merveille sur une
viande rouge ou sur du magret, sur du gibier ou sur des fromages
sérieux (Édam, Pont-lÉvêque,
Pyrénées, Saint-Nectaire affiné), le Blanc
a un nez intense de fleurs, de pamplemousse et de senteurs exotiques,
comme le fruit de la passion ou lananas, avec des arômes
de zeste dagrumes et une robe brillante très attirante
: il sapprécie sur des poissons en sauce ou sur des
viandes blanches, mais aussi avec un fromage de vache ou un mi-chèvre,
mi-vache (drôle de bestiole). Ouvrez le Rouge une petite
heure avant le repas pour le servir chambré (16°),
dégustez le Blanc plus frais (entre 10 et 12°), achetez-les
tout simplement dans les grandes surfaces (Auchan, Intermarché
ou Leclerc) aux environs de 5,30 euros. Une fois de plus, les
vins les plus chers ne sont pas les meilleurs !
Filez dans le Gers en vitesse, vous ne le regretterez pas : un
week-end au Bascou est un week-end réussi à tous
les coups ! Bonnes routes !
article paru le 18 novembre
2004 dans Gazoline numéro 107 de décembre 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline