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au Pays des Vins d'Auvergne ...

Dans le Puy-de-Dôme, au cœur du vignoble discret des Côtes d’Auvergne, les vins trop peu connus succèdent aux appellations confidentielles, disséminées de part et d’autre de l’A71 et de l’A75, en dessous et au-dessus de Clermont-Ferrand : j’ai décidé qu’il était urgent d’en dire beaucoup de bien ! Vous pensez vin de pays, petite production locale sans grand intérêt, limite folklorique, de celle qu’on aime sur place, qu’on oublie vite ? C’est souvent l’idée qu’on se fait des vins élevés en dehors des célèbres régions viticoles. Elle est fausse, archifausse, et pas seulement en Auvergne : on trouve partout en France de vraies merveilles, surtout là où on ne les attend pas.
Le néophyte a parfois du mal à les considérer comme des vins sérieux, sans parler de celui qui est prêt à se pâmer par habitude devant n’importe quel pinard bordelais, pourvu qu’il soit carafé, mais qui ne conçoit pas de dire du bien d’un charentais, d’un vendéen ou d’un corrézien. Celui qui trouvera bon un vin dit de pays n’aura pas toujours à cœur de la défendre, devant ces faux connaisseurs, péremptoires qui, sortis du Bordeaux, ne connaissent que le Bourgogne.
Moi, je le dis comme je le pense, les Côtes d’Auvergne sont sublimes, de plus en plus intéressantes, grâce à quelques vignerons audacieux. Pourquoi, alors, sont-ils si peu connus ? Il y a probablement plusieurs raisons : si un vignoble a besoin d’une locomotive marchande, qui se donne les moyens de commercialiser la production à grande échelle, dont les efforts bénéficient à l’appellation tout entière, un vignoble a aussi besoin d’un excellent producteur, au-dessus ou très au-dessus du lot, novateur, explorateur, créatif et atypique. Les Côtes d’Auvergne ont désormais tout ça, donc ...

L’atypique, aucun doute, il est chez Sauvat, à Boudes, il s’appelle Michel Blot, il fait des vins qu’il aime, des vins dont il est fier : en 1987, quand Annie, son épouse, reprend l’exploitation familiale, la première à avoir abandonné le vrac pour la bouteille (sur les 50 hectares de l’appellation, la famille Sauvat en possède 11 : ils ne sont que 6 producteurs à vendre du Boudes sous leur nom), elle apporte une touche féminine aux vins de papa, il continue sur la lancée, pour sublimer le travail déjà accompli. Michel Blot produit un Chardonnay rond et complexe, élevé 12 mois en bois, qui s’ouvre au bout de 2 à 3 ans (6,10 euros), excellent avec un beurre blanc, des Gamay et des Pinot élevés en barrique (aux alentours de 6 euros) : il privilégie le monocépage, par respect pour le fruit, que l’assemblage gâche parfois, il l’aide à conserver la saveur de son terroir, en l’élevant selon les principes de l’agriculture raisonnée, et n’ajoute aucune levure.

La famille Sauvat produit des Boudes sympas et des Boudes charmeurs, des Boudes élégants, rafraîchissants en rosés et bouquetés en blanc, les 8 vins de sa gamme vont de 4 à 6,30 euros. Chaque année, fin avril, le couple organise une festive porte ouverte : appelez pour être invité, c’est une excellente occasion de découvrir et d’apprécier. On peut aussi déguster tous les jours au Caveau, sauf le dimanche.

Mais Michel Blot ne s’arrête pas là : il produit ses propres vins, commercialisés au Domaine, des vins étonnants, comme la Cuvée d’Antan, ou les liquoreux Larmes d’Or, aux parfums miellés, et Quintessence, véritable vin paillé élevé sur lie, à la robe acajou, ou encore un Gamay d’Auvergne Granit, qui puise dans sa parcelle son caractère bien affirmé.

Il faut déguster avec Michel et Annie, les écouter parler de leurs vins, de leurs vignes et de leur terroir : on les quitte conquis à jamais !

Il n’y a rien de plus agréable, après une savoureuse dégustation, que d’aller s’attabler pas trop loin, pour déjeuner : à quelques pas de chez Sauvat, sur la place de la mairie, il y a le Boudes la Vigne, qui propose une belle carte de vins régionaux. On y mange, fort bien (de 20 à 40 euros, avec mise en bouche), la cuisine, subtile et colorée, originale, aromatisée avec finesse, est servie dans des assiettes apprêtées avec goût : ajoutez un service sans façon, mais irréprochable, de jolies chambres, à l’étage (de 32 à 80 euros), pour faire la sieste, et ça vous fait un petit week-end de rêve ! Juste un truc : à table, en plus des vins de chez Sauvat, prenez de la Chateldon, une eau minérale régionale finement pétillante. C’était l’eau préférée de Louis XIV, il y en a si peu qu’il n’existe aucune pub.

Je parlais aussi de locomotive commerciale : c’est le rôle de la Cave Saint-Verny, créée par la fédération viticole du Puy-de-Dôme. Elle vinifie (évidemment sans le mélanger), le raisin de 170 producteurs, installés sur les 170 hectares des 5 appellations des Côtes d’Auvergne, ce qui lui permet de commercialiser, sous une marque unique, une bonne vingtaine de vins différents qui, seuls dans leur coin, auraient bien du mal à arriver sur votre table. On retrouve, dans le Caveau facilement accessible, ouvert du mardi au samedi, du Boudes, du Châteauguay, du Chanturgue, du Corent et du Madargue, mais aussi des vins de cépages, Pinot noir, Chardonnay, ou des AOVDQS Côtes d’Auvergne, de Pinot et de Gamay, dont le Privilège, élevé en fûts de chêne. J’y ai fait une vraie découverte, un vin étonnant dont je n’avais même jamais entendu parler, mea culpa : le Corent, que j’ai trouvé particulièrement fabuleux en rosé, alors qu’à de rares exceptions près, je n’aime pas le rosé. Sec et peu sucré, très clair, il reste bien en bouche, là où les rosés traditionnels disparaissent vite : ce 100 % Gamay est doté d’une vraie personnalité, vous devez absolument le rencontrer !

La fédération viticole du Puy-de-Dôme a voulu bien faire : elle a créé une route, la route des vins d’Auvergne, qui va de Boudes à Riom, patrie du Madargue. Le projet est lancé, mais il y a encore du boulot ! Passé Riom, on peut continuer vers les si soyeux et généreux Saint-Pourçain, qui s’épanouissent le long de la Sioule. Je vous en reparle très vite, après vous avoir fait découvrir, lors d’une prochaine escapade, les vins de Corrèze et de Charente.
Apprécier les vins de Pays n’est pas très tendance, et alors ? on s’en moque ! Le principal est de les aimer. Bonnes routes !

INFOS PRATIQUES

Les vins d’Annie Sauvat et de son Michel Blot de mari à Boudes (04.73.96.41.42)
Le Boudes la Vigne, hôtel ** & restaurant incontournable, place de la Mairie à Boudes (04.73.96.55.66), sortie 15 sur l’A75
La Cave Saint-Verny, route d’Issoire à Veyre-Monton (04.73.69.92.87), sortie 6 sur l’A75

AOVDQS ? Appellation d'Origine " Vin Délimité de Qualité Supérieure " … c’est pas simple, hein ?