pierre-brice en thalasso au Touquet
Ah, ma petite Thalasso au Touquet ! Javais dit que je vous
raconterai, alors je vous raconte. Une fois de plus, je choisis
un Centre de la chaîne Thalassa International du groupe
Accor qui sinternationalise en ouvrant un centre au Sud
du Portugal (on y va bientôt : c'est à
Villalara) plusieurs au Maroc et un en
Israël au bord du sel de la Mer Morte. Des voyages en
perspective, avec le soleil assuré.
Si tout va bien je vous teste très bientôt celui
dEssaouira, dans le sud marocain, de
Porticcio
en Corse, et de Vilalara
au Portugal : je vous raconte aussi ...
Oui oui : dur métier.
Au Touquet, deux hôtels sont
directement reliés à lInstitut, par une coursive
vitrée ouverte sur la mer : plus au bord de leau
que ça, cest un bateau.
À ma droite, Ibis (vrai hôtel économique alliant
confort et service), à ma gauche Novotel : plus moelleux
aux chambres plus spacieuses et plus chères.
Au milieu, lInstitut de Thalasso, la piscine, la Plage Esthétique
pour se refaire une beauté ou effacer les outrages du temps
(ce nest pas de moi) et des excès gargantuesques
que la vie nous impose parfois (ça ne me concerne pas :
jai gardé une taille de guêpe).
Le centre épouse la forme des dunes et longe la mer avec
qui il communique perpétuellement : terrasses, baies, balcons,
transats
Les vagues pour seul vis à vis les mouettes
comme voisins et les embruns matutinaux pour accompagner le petit-déjeuner.
Autre avantage appréciable : le centre ville est à
cinq minutes à pied, et il est très sympa, le centre
ville. Ses magasins, son architecture, son ambiance ont un charme
très mil-neuf cent, légèrement suranné,
qui sent bon le chocolat et les gâteaux anglais servis au
jardin avec le thé.
Quand je fais Thalasso, jassume, je mange diététique,
pas dalcool, de graisses, de pain et de sucre, je bois de
leau et jévite même le café, que
je remplace par de la tisane. Vous avez peut-être de la
cuisine diététique une vision caricaturale, style
austères carottes bouillies et viande sans goût ?
Alors, il vous faut absolument essayer, surtout que la cuisine
diététique du Touquet est de loin la meilleure de
tous les centres que jai testé. Ça a toujours
été bon, mais ici, ça confine à lArt,
cest Grand. Le but est seulement de ne pas dépasser
1200 calories par jour : au cuistot de jongler avec les substituts,
les sauces au fromage blanc, les cuissons à la vapeur
Au Touquet, un Chef sy consacre entièrement, un restaurant
lui est dédiée, coquet, calme et face aux vagues,
à lécart des bouteilles de vin, desserts au
chocolat et autres assiettes de frites. Dans lambiance feutrée
qui devient vite familiale, le Chef vous épate matin et
soir avec une cuisine habilement aromatisée et colorée,
astucieusement épicée, élaborée et
chantante, originale et nourrissante. Il nutilise pas le
moindre produit " strictement diététique ",
juste des produits frais et naturels, quil conjugue et assaisonne
avec maestria. Cest un artiste, qui a pour seul filet ceux
des soles et des bars quil fréquente. Vous pouvez
tester, juste pour goûter, si vous résidez dans un
des deux hôtels, ou si vous êtes curiste en pension
complète, mais le resto diététique nest
pas ouvert au public. Autre atout du centre du Touquet : le hammam,
mosaïqué comme au bled, avec deux pièces, hammam
froid (tout est relatif) et hammam chaud, bleu éclairé
cosy, avec cascades deau fraîche, mais il est payant,
même pour les curistes, ce qui est pour le moins mesquin.
Pas de sauna ni de jacuzzi, dommage, mais une jolie piscine deau
de mer chauffée. Chaque centre a ses avantages et ses petits
travers, il faut faire avec, je continue ma quête du centre
parfait. Les soins prodigués sont les mêmes quailleurs,
enveloppement dalgues, massages, modelages, douches, bains
bouillonnants ou hydromassants
Rien ne vous empêche
de profiter en plus de la jolie station balnéaire quest
Le Touquet, qui garde encore un peu de sa splendeur de Plage de
Paris.
Avant de parler bouffe (parce que diététique, même
excellent, ça va un moment !), parlons nourriture cérébrale
: il y a au Touquet une galerie dart aux choix éclectiques
et judicieux, qui contrastent avec les horreurs et erreurs pompeusement
encadrées dor que vous trouverez ailleurs à
des prix touquettifs, cest la Galerie Libre Expression de
Pascale Migneau, qui accroche côte à côte le
bestiaire dAlbert Leman, les gravures de Kurt Maïr
ou les nus de Watanabé, les dessins de Desmet et encore
bien dautres merveilles à des prix abordables, encadrées
par son artiste de mari (attention
: la galerie n'existe plus !).
Dans un autre domaine, goûtez la bière du Touquet,
la Touquettoise, qui se décline en ambrée, blonde,
blanche et aux baies de genévrier. Sans être exceptionnelle,
elle est franchement bonne. Tant quon est dans la bière,
je vous parlais en septembre de la Brasserie La Choulette : vous
pourrez déguster une Choulette Framboise, souvent difficile
à trouver, au pub Au Bureau, avant daller goûter,
Chez Pérard, la meilleure soupe de poisson du Monde, à
déguster sur place ou à emporter pour finir ses
vacances à la maison.
Pour le dessert, les chocolats du Touquet, les Touquetts,
spécialité de la Pâtisserie Le Lido (attention
: la pâtisserie n'existe plus !)
où il fait bon sattabler
devant un chocolat chaud quand le vent souffle dans la rue Saint-Jean,
lartère principale, perpendiculaire à la mer,
autour de laquelle sarticule toute la vie urbaine. Testez
par exemple pour accompagner le contenu de la tasse fumante, les
autres spécialités de la maison, la rate et lEnduro.
Et puis bon, il y a les grandes tables.
Juste à côté de la Galerie de Pascale Migneau,
le Café des Arts, temple du bien mangé au Touquet.
Il ne faut rater sous aucun prétexte la terrine de raie
et le subtil tartare aux deux saumons. En dessert, le nougat glacé
est un vrai nougat fondant, excellent pour digérer avant
de sassoupir. Comptez 600 F. à deux sans vous priver.
Plus dans les terres, à une trentaine de kilomètres
du Touquet, aux pieds des remparts de Montreuil, là où
Jean Valjean a rencontré la maman de Cosette, La Grenouillère,
petite fermette posée de guingois sur les bords de la Canche,
est une de ces étapes inoubliables qui vous font toucher
du bout des papilles le bonheur à létat pur.
Roland Gauthier, béni soit-il, est un Dieu des fourneaux,
il vous emballe de sa cuisine sympathique et inventive dans un
cadre douillet. Soupe dhuîtres, agneau de pré
salé, langoustines très légèrement
grillées, soupe de pêches, ris de veau
De lapéro maison au plateau de fromages locaux (ah
! le plateau !), en passant par le saumon cru au café en
amuse-bouche, vous marinerez joyeusement dans un plaisir extatique.
Cest merveilleusement bien servi, joli tout plein et souriant,
la cave est conséquente et abordable. Comptez quand même
1.000 F. à deux si vous prenez le menu et que vous voulez
bien assortir les vins (entre la mer et la viande, il vous faudra
probablement passer par du blanc et du rouge, qui existent aussi
en demi bouteilles).
Sinon, au centre du Touquet, vous avez le Café des Sports,
brasserie moins chère ouverte en permanence, pour manger
vite et bien des moules et des frites, un excellent tartare préparé
à la Belge ou de somptueuses gaufres qui débordent
de Chantilly, de chocolat chaud
Le front de mer du Touquet, à deux heures de Paris, via
Amiens et Abbeville, mérite la Palme du Très Moche
et totalement foiré, mais la ville et ses alentours restent
une des perles de la Côte dOpale.
Pourquoi ne pas élever le débat et aller les admirer
de Très Haut ? La compagnie Sky Trek Airlines, créée
en 1997, opère des vols réguliers quotidiens trans-Manche
du 1er avril au 31 octobre, entre Le Touquet et Lydd, avec des
avions de 16 places. Elle organise aussi des survols aériens
de la région et de la baie de la Canche, avec en plus,
si vous le souhaitez, un repas pris tous ensemble au restaurant
de laéroport LEscale, le tout pour 399 F. La
Côte dOpale, ne loubliez pas, est parfaite pour
une escapade en amoureux, le vent et les frimas discrets sont
propices aux " jai froid, serre-moi fort ", surtout
quà la Grenouillère, il y a quatre chambres
romantiques parfaites pour les week-end câlins.
Et si vous y abusez de la bonne chère, faites une Thalasso.
Bonnes routes.
paru dans Gazoline 67
d'avril 2001
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline
Ma première thalasso
... au Mercure des Sables d'Olonne
Pour vous informer au mieux, ma vie, à chaque article publié,
se rapproche un peu plus de l'enfer : je ne recule devant aucun
sacrifice, je m'oblige à tester les hôtels les plus
confortables, à goûter, à re-goûter
et à re-re-goûter pour être sûr, les
meilleurs vins, les restos les plus dionysiaques, les victuailles
les plus pantagruéliques ...
Sale métier que celui de journaliste d'investigations touristiques
et gastronomiques !
Chacun des week-ends qui vous est consacré me fait souffrir
le martyre, mais là, franchement, j'ai fait fort, j'ai
vécu la pire expérience de ma vie : une semaine
dans un bagne aquatique trois étoiles pompeusement appelé
thalassothérapie !
Imaginez l'horreur de ne rien avoir à faire pendant une
semaine, si ce n'est passer quelques heures à comater au
hammam (chaleur humide), au sauna (chaleur sèche), au jacuzzi
ou à la piscine, se traîner au bar pour prendre l'apéro
entre deux siestes, au resto pour se sustenter d'huîtres
à s'en faire exploser la rate, prendre au lit le petit-déjeuner
en regardant l'océan ... On se permettait même, deux
fois par jour, de me demander quel vin j'avais choisi, et deux
fois par jour, je devais réfléchir, décider,
bref, presque travailler ! J'ai été obligé
de laisser des super nanas me masser pendant des heures, j'ai
pris des bains à bulles et des bains d'algues, j'ai été
ravalé, douché, papouillé, trituré,
dégraissé, nettoyé, déstressé,
le tout à température ambiante, à poil ou
en peignoir. Pour vous dire la vérité, j'ai tellement
souffert que je crois que mon objectivité en a pris un
coup, et que je vais devoir y retourner, probablement à
Pâques, à la Toussaint, à Pâques, à
la Toussaint, à Pâques ... Parce que ce genre d'endroit,
on a beau nous dire ce qu'on veut, existe bel et bien ! L'hôtel
à droite, pour dormir, le bar et le resto au fond du hall,
le centre de soins à gauche et la piscine en dessous, avec
ascenseur direct : vous n'avez même plus la force de sortir
dans le monde hostile et venteux qui entoure votre lieu de réclusion.
L'occulte Groupe
Accor a créé une filiale quasi-secrète
dénommée Thalassa
International pour gérer en France neuf de ces centres
disciplinaires, au rapport qualité prix incomparable, plus
un au Japon, tous accolés à une sorte de prison
appelée, selon les sites, Ibis, Mercure, Sofitel ou Novotel.
Cette filiale a presque pignon sur rue, et répond même
au téléphone, il suffit de composer le 0.803.00.77.77
(0,15 € /mn) pour recevoir une brochure, mais vous pouvez
aussi composer le 3615 THALASSO sur votre minitel (0,35 euro/mn).
Pour vous dire jusqu'où ils poussent le vice : toute cette
doc est gratuite ! Une fois enregistré dans l'ordinateur
central, vous recevrez en plus des offres spéciales "découvertes"
qui vous mettront les trois jours de 400 à 550 €.
Comptez, en règle générale, pour une semaine
en pension complète, entre 600 et sept 1.500 € tout
compris (plus l'hôtel est étoilé, plus la
pension est chère) avec six soins par jour et accès
permanent aux machines de torture installées dans les salles
de muscu, au hammam et autre pilori.
Le conseil du reporter toujours sur la brèche, s'il vous
est possible d'y aller hors saison, c'est de réserver directement
auprès de l'hôtel. La plupart des sites proposent
une formule "pension complète diététique"
qui est à tester : diététique ne veut plus
dire légumes bouillis et ventre affamé, c'est original,
raffiné et léger. Il est préférable
de loger sur place, pour baigner toute la semaine dans cette chaude
et confortable insouciance. J'ai perdu six kilos, j'ai une peau
de bébé, je suis si calme que je frise l'indolence
et je me sens tellement détendu que je n'ai plus rien à
perdre, mais j'en ai déjà trop dit, je risque trop
gros, 'faut que je replonge. Bonnes douches !
paru dans Gazoline 44
de mars 1999
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline