Point n'est souvent besoin d'aller bien loin pour beaucoup se
régaler, et je le prouve : les adresses d'aujourd'hui se
trouvent toutes à moins d'un quart d'heure de chez moi.
Si vous n'êtes pas mon voisin, ça risque de ne pas
vous plaire, mais toutes, en banlieue ouest de Paris, sont accessibles
proches de grands axes routiers ou autoroutiers.
Les meilleures pizzas du monde
se cuisent au feu de bois de La Dolce Vita,
aux pieds de l'arachnéique Hôtel de Ville d'Élancourt.
Les pizzas sont rondes comme des roues de tracteur et débordent
de tout : offrez-vous une indigestion de saumon pour 50 F. ou
régalez-vous avec la Francese,
au chèvre et à la persaillade. Vous pouvez aussi
vous émerveiller devant l'Esther au jambon fumé
ou, en saison, celle aux cèpes qui n'a pas de nom, sinon
mmmh ! Pour limiter les risques de bouchon aux entrées
de Paris, quittez à Ablis (avant le fameux péage
cher à Bison Futé) les autoroutes qui viennent d'Orléans,
de Nantes ou de Bordeaux, remontez la N10, traversez Rambouillet
(*) avant de voir Élancourt à bâbord et, plus
loin, Guyancourt à tribord.
Et c'est à Guyancourt, plus précisément un
peu en dessous du carrefour Guyancourt-Versailles/Satory-Buc,
face aux étangs de La Minière, sur la D91, que se
trouve Lac Hong,
le meilleur Vietnamien du Monde,
et je pèse mes mots. Ne me demandez pas ce que veut dire
Lac Hong, je sais juste que je m'y régale, et surtout,
surtout : ne demandez pas la carte, vous allez mettre le patron
de mauvais poil ! Laissez-le vous amener selon ses envies un "assortiment"
que vous ne regretterez pas. Juste, insistez pour avoir des "crêpes
saïgonnaises", elles sont divines. Le restaurant est
facilement accessible de la N186 en venant de Vélizy-Villacoublay,
du sud ou de l'est de Paris, sortie Guyancourt-Versailles/Satory.
Un reproche à Lac Hong : une carte des vins triste à
pleurer, avec des rosés particulièrement insipides.
Une surprise : un Côte de Bourg rouge, évidemment-
Mayne Cantenac, échoué là on ne sait comment
Je suis à sa disposition pour la lui développer
gratuitement, sa carte, avec des petits Anjou, des Carmen et,
pourquoi pas, des Fiefs Vendéens ?
Versailles
est tout à côté, entre N186 et autoroute de
l'ouest : dans ce cas, préférer la première
sortie, Versailles-Vaucresson, pour ne pas trop s'approcher du
Triangle de Rocquencourt. À Versailles, je situe le décor,
le mauvais steak avec les frites vertes ou pas cuites est à
90 F., le moindre resto (autour, par exemple, du Vieux Marché)
est hors de prix et rarement satisfaisant. Raison de plus pour
dîner ou déjeuner au BHV, disent les habitués,
la Brasserie de l'Hôtel
de Ville : c'est tout bêtement
une vraie brasserie, sa saveur prend sa valeur dans le mot "vraie"
brasserie, alors que n'importe quel bistrot s'intronise brasserie.
On peut manger en vitesse le midi où prendre son temps
le soir, la cuisine est bourgeoise, simple et raffinée,
l'ambiance est celle d'une "vraie" brasserie, l'accueil
et le service, parfois un peu bourru, sont très chaleureux,
et le patron omniprésent. Ne le ratez pas, il est tout
petit mais il fait beaucoup de bruit.
Nous étions sur l'autoroute de l'ouest, allons donc nous
promener à Saint-Germain-en-Laye,
que vous pouvez également rejoindre par la N13 ou, venant
de Rouen, par la sortie Orgeval-Chambourcy (oh oui !) qui vous
permet d'éviter l'enfer de Rocquencourt. En venant de Paris,
vous louvoierez vers Louveciennes, où vous irez dîner
ou déjeuner au Club House
Le Break, resto surprenant (ne
ratez pas la tête de veau croustillante !), planté
dans les jardins de la Du Barry, à la fois bar du tennis
voisin et bon resto : le samedi, les couples en costume cravate
et colliers de perles côtoient les cadres en short et Lacoste,
raquette à la main. On y mange très bien et la carte
change souvent. Enfin, à Saint-Germain, un nouveau resto
extrêmement prometteur, La Clémentine : cuisine inventive,
mélanges surprenants, alchimie gustative, carte originale.
Enfin un cuistot qui sait marier les épices et manier les
couleurs : le décor, les assiettes, le service sympa plein
d'attention et les prix raisonnables en font une incontournable
table pour cette région qui en a bien besoin ! Un conseil
: la carte des vins est moins originale que la carte des mets,
c'est à égayer. Bonnes routes par chez nous !
paru
dans Gazoline 47 de juin 1999
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline