Je me suis déjà permis de vous suggérerà
Strasbourg, quelques bonnes petites adresses à ne rater
sous aucun prétexte. J'y retourne encore et encore, je
ne résiste pas au plaisir, pour vous exhorter à
aller y passer un week-end, à vous donner d'autres adresses
!
Commençons par les restaurants traditionnels. Tout à
côté de la Cathédrale, Le
Vieux Strasbourg a tout de l'immémorial winstub à
la déco bavaroise un peu kitch
mais chaleureuse, les baeckeofe et les choucroutes sont excellents,
accompagnés, par exemple, d'un Riesling
Grand Cru Altenberg.
De l'autre côté de l'Ill, en descendant la rue du
Maroquin, Le Petit Pêcheur
est une étape de choix, mais le cadre et le service, rapide
et efficace, donnent moins l'envie de traîner : du coup,
une bière ou une carafe
d'Edelzwicker (dites Edel pour
faire du cru) suffisent pour célébrer la flammekuche,
qui est excellente.
Promenez-vous sur les quais de l'Ill vers le nouveau Parlement
Européen, et arrêtez-vous
devant les vitrines de L'Estampe qui vend des gravures et des
originaux d'Hansi, résistant
français des années 20 qui combattait et critiquait
l'occupation allemande avec ses bandes dessinées, mettant
à première vue en scène naïvement des
Alsaciens typiques. Si, comme moi vous craquez, allez faire encadrer
votre acquisition chez le voisin, l'Atelier
d'Encadrement des Bateliers, de
la part des parisiens pressés.
Revenons à nos assiettes : l'autre tranche touristique
de Strasbourg, après les rues piétonnes qui enrobent
la cathédrale, c'est La
Petite France, ancien quartier
des tanneurs où tous les prix sont multipliés par
deux : il faut y déambuler, mais ne point s'y attabler.
Traversez plutôt l'Ill
à hauteur des écluses pour aller déjeuner
à La Mouche, brasserie
indigène ignorée des touristes : je vous conseille
la fondue au Münster (sorte de tartiflette odorante) et,
en entrée, le bouillon de quenelles. Pour le dessert, le
Café Alsacien est tout indiqué en hiver, c'est un
Irish au schnaps.
Un avant-dernier resto pour la route, une franchement très
bonne table, pas d'inspiration essentiellement alsacienne mais
torridement excellente, c'est Au
Petit Tonnelier où le Rouge
d'Ottrott est divin avec la terrine
de queue de buf, elle-même divine : c'est un Pinot
Noir, vieille vigne, récolté tardivement à
Ottrott, sur le Mont Sainte Odile, connu pour ses chutes d'Airbus.
Le resto est décoré très art moderne pas
esthétiquement accessible à tous (des râteaux
et des branches emmêlés et enturbannés avec
des pots de terre et des arrosoirs enlacés), la salade
de volailles est indiquée un lendemain de choucroute, le
parfait glacé au Gewurztraminer et la crème brûlée
sont les stars de la carte des desserts. La carte change souvent,
mais je suis sûr que chaque nouveauté est une bonne
trouvaille.
Il y a un monument à
Strasbourg. La Cathédrale
? Non. Cest rien quune Cathédrale. Je parle
dun vrai monument. Un monument gastronomique : le Munsterstuewel
Winstub que Patrick
Klipfel habite depuis huit ans.
Tout monument cache un joyau, et le Munsterstuewel sert le
meilleur estomac de porc farci du monde des estomacs de porc farci.
Patrick le fait lui-même sur commande, avec amour, comme
chez lui à Haguenau, dans le Nord de lAlsace. Il
le conseille avec du blanc, mais jai pris du rouge (désolé,
Patrick) : un Saint-Léonard 1996, bon à renier père
et mère. Élevé au Domaine de lAncien
Monastère, il nest pas encore " vieilles vignes
" (lâge des ceps conditionne le label), mais
il est divin ! Patrick est un artisan, un vrai, un artiste : il
achète sa viande chez des petits bouchers qui travaillent
toujours avec les mêmes éleveurs. La viande servie
au Munsterstuewel vient de bestioles que Patrick appelle par leur
prénom depuis leur naissance. Invité à leur
baptême, parrain de leurs enfants, témoin à
leur mariage, il les a fait sauter sur genoux et il a assisté,
ému, à leur communion. Quand il vous sert un filet
de buf, cest un morceau de lui qui est dans votre
assiette, quand il vous tranche un estomac de porc, cest
un bout de son enfance quil vous offre. Offre ? Ah oui :
parce quen plus, cest pas cher ! Dans le resto de
Patrick, on aime forcément la vie, et si on a des doutes
en entrant, on les a oubliés en sortant. Allez-y seul et
vous serez installé à la table dhôtes.
Même si les Alsaciens ne sont pas du genre à vous
taper dans le dos, le repas se terminera sûrement par un
échange nologique fort intéressant. Cest
plus que bon, plus que bien, plus que beau, une adresse de plus
à mon Panthéon restreint. Une étape incontournable.
La bonne humeur de Patrick est communicative, et le service ne
se pose pas de questions : il est souriant, prévenant,
chaleureux, efficace et attentif ! Vous êtes chez vous et
partir est difficile, alors que revenir est déjà
programmé !
Je vous conseille un petit hôtel sympa pas loin, tout à
côté de la gare, en plein centre-ville, le Relais
Mercure Saint-Jean, particulièrement
bien pour un simple Relais. Manger, ça donne soif, Le
Village de la Bière est une caverne d'Ali Baba
où lon trouve mieux que des pépites : toutes
les
bières de Charlebois ou presque (les meilleures ne
sont pas disponibles en France, comme la Sans Nom ou la Don de
Dieu, alors Bob ?), même la
Quelque Chose qui se boit chaude, et les verres qui vont avec,
sans oublier la confiture de bière : pas mauvais, mais
moins original au goût qu'à l'odeur. Manque de pot,
Alain, le patron, ne voudra pas vous envoyer de bouteilles de
bière par La Poste, ça vous reviendrait trop cher.
Encore une bonne excuse pour y aller, non ?
Allez, tchuss. Et bonnes routes !
paru dans Gazoline
58 de juin 2000
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline