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escapade en Puy de Dôme (en Auvergne) de Thiers à Ambert
retrouvez aussi ci-dessous (tout en dessous)
mon article dans 30 Millions d'Amis sur les chiens des émouleurs de Thiers


Mon article dans Gazoline
Escapade gourmande en Puy de Dôme de Thiers à Ambert

Un Thiers digne de confiance


Dans le Puy dont je reviens, j’ai rencontré des fous : des fous authentiques et généreux, haut perchés dans la montagne au cœur du Parc Naturel Régional du Livradois Forez entre Clermont-Ferrand et Saint-Étienne.

Prenez une carte : nous sommes tout à côté de Thiers, la capitale du Parc, très exactement à Arconsat, la capitale aussi, mais de la saucisse de choux (à côté de Chabreloche, la capitale des colporteurs). Le coin est bourré de capitales, je vous promets qu’il n’y a pas que lui : Thiers est la capitale du couteau (on ne l’offre pas, pour ne pas couper l’amitié, on l’échange contre la plus petite pièce de monnaie que l’on possède), Arconsat est la capitale mondiale de la saucisse de choux (mondiale, la capitale), Ambert celle de la Fourme et du chapelet (des dizaines de femmes enfilent pour des clopinettes des perles à domicile, une fois le travail de la ferme terminé).

Vous n’imaginez pas comment tout dans cette région devient vite capital, boire, manger, se marrer, et même bosser : les couteliers de Thiers, les colporteurs de Chabreloche, les fabricantes de chapelets ne sont pas des feignants !

J’ai donc au fin fond du Puy rencontré des fous : des fous du cochon et de la saucisse de choux. Attention ! pas aux choux, la saucisse : de choux, un tiers de cochon, deux tiers de choux, c’est ce qui fait la différence. La Confrérie la plus sympa et la plus déjantée de la région m’a fait l’honneur de m’adouber Compagnon : cette bande d’andouilles découenne à mort en portant haut et sans prétention (si ce n’est celle de s’amuser) la tradition culinaire de son terroir. Elle a labellisé trois boucheries et installé son siège social dans l’Auberge d’altitude du Montoncel qui doit être votre prochaine étape pour manger, dormir et randonner tout autour, à pied, à cheval ou en voiture, dans cette région superbe et trop peu connue.

On accède à Thiers par les lacets mythiques de la Nationale 89 Lyon Bordeaux, aujourd’hui délaissée au profit de l’autoroute, on y visite le Musée de la Coutellerie surtout pour admirer Pompon le dernier émouleur en activité.

L’émouleur est celui qui émoule, c’est-à-dire qui façonne et aiguise une lame sur sa meule à partir d’un bout de métal (le rémouleur qui vient aiguiser vos couteaux est celui qui rémoule, comme son nom l’indique). Il travaille couché sur le ventre, l’émouleur, avec son chien lové au creux des reins, pour lui tenir chaud et lui soulager les lombaires. Un sentier balisé de 1 à 2,5 kilomètres va de Château Gaillard au Bout du Monde (c’est le nom de ce bout de Vallée aux pieds de Thiers). Il suit la Durolle, cette furieuse rivière qui faisait tourner les meules installées dans les rouets, ces petits ateliers où les émouleurs émoulaient, tandis qu’à l’étage les polisseuses polissaient.

La région est particulièrement gourmande et assez peu diététique : truffade, aligot, charcuteries et bien sûr fromage. Il faut par exemple aller visiter Ambert pour sa Fourme (il est de tradition de s’y donner rendez-vous au coin de la mairie), mais aussi, info spéciale Gazoline, pour son musée de la machine agricole et à vapeur, où le moteur est Roi.

La truffade l’aligot et les charcuteries, vous les dégustez dans un décor agréable au Coutelier, place du Palais à Thiers (en face de l’Office de Tourisme).
Notez qu’il existe une eau minérale locale, la Chateldon, discrètement pétillante, qui aide à la digestion de tous ces produits qu’elle connaît bien.
Le fromage, vous le trouvez chez Alain Garmy, un peu en dehors de la ville : dans la charmante petite boutique de la laiterie familiale, il y en a plus que vous ne pourrez en avaler, de la tomme de vache du pays thiernois, de la brique de vache du Forez, de la brique d’Auvergne (1/3 chèvre et 2/3 vache), de la Fourme affinée sur paille en cave naturelle, du Gaillard (sorte de Cantal très goûteux, affiné de 4 à 14 mois), et évidemment du Saint-Nectaire, affiné dans les grottes d’Aubière. Mon préféré, c’est le Gaperon, petit monticule crémeux au poivre et à l’ail de Billom : on le déguste frais ou " ficelle ", après deux mois de cave (il est conseillé d’aimer l’ail).

Je vous ai déniché des endroits d’exception pour passer dans ce Parc Naturel magnifique, aux paysages fabuleux, de plaines, de forêts et de montagnes, un week-end, des vacances, ou plus si affinités. Vous y serez reçus cordialement et nourris abondamment.
Le Château de Vaulx est un ancien château fort réaménagé à la Renaissance. Il est toujours habité par la famille Dumas de Vaulx qui l’a fait construire (vous l’embrasserez pour moi). Le châtelain commence par vous payer l’apéro dans la cave (petites natures s’abstenir), avant de vous montrer votre chambre médiévale, ou votre Gîte confortable.
La Bergerie du Troulier est installée sur les hauteurs de la montagne thiernoise. La famille qui vous y accueille est très chaleureuse, les chambres sont confortables, la vue superbe et le chien très cordial (vous le saluerez pour moi). Si vous le demandez à l’avance avec un grand sourire, vous aurez peut-être droit à la table d’hôte, devant la cheminée.

C’est une région dont on a essayé de cacher l’existence au fond d’un Puy, mais je vous l’ai dénichée, alors : à table ! Saucisse de choux, Gaperon, aligot et truffade, avec du Saint Pourçain, le vin le plus voisin. Bon appétit et bonnes routes !

paru dans Gazoline 104 de juillet-août 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline

Mes bonnes adresses
Office de Tourisme de Thiers (04.73.80.65.65)
envoyer un mail pour avoir des infos en retour ou visiter le site de la Ville de Thiers : de ma part ils se couperont en quatre (fastoche avec les couteaux de Thiers) pour vous aider à organiser votre étape ou votre rallye d'anciennes

Musée de la Coutellerie (04.73.80.58.86) 58 rue de la coutellerie à Thiers

Maison du Parc Naturel Régional du Livradois Forez à Saint Gervais sous Meymont (04.73.95.57.57) à mi-chemin entre Thiers et Ambert Pays de la Fourme : il faut visiter la superbe et ludique Maison du Parc (de ma part tout ça aussi pour vous aider à organiser ce que vous voulez ...)

Où bien manger à Thiers ?
le Coutelier (4 place du Palais 04.73.80.79.59) pour l’authentique savoureuse et roborative gastronomie du terroir à des prix très light contrairement à l’assiette
Où dormir et manger à Thiers ?
Hôtel Restaurant de l’Aigle d’Or et de Paris ** (8 rue de Lyon 04.73.80.00.50)
Hôtel ** Restaurant Eliotel (roue de Maringues 04.73.80.10.14)
Hôtel *** Restaurant du Parc de Geoffroy : un ex-Mercure calme avec parking fermé (avenue du Général De Gaulle 04.73.80.87.00)

il paraît qu'il est indispensable de manger Chez La Mère Depalle (qui était fermé c'est malin quand j'y suis allé !) : Hôtel ** Restaurant réputé et bar (Le Chambon à Thiers 04 73 80 10 05)

Où dormir et manger dans les environs ? quelques étapes magiques ...
l’Auberge d’altitude du Montoncel ** (Les Cros d’Arconsat 04.73.94.20.96)
le Château de Vaulx (04.73.51.50.55 ) chez Régine et Guy Dumas de Vaulx (gîte chambres et table d’hôtes à Sainte Agathe ou à peu près avec parking gardé par les ânes pour votre ancienne)
la Bergerie du Troulier (04.73.53.71.98) : chambres et table d’hôtes paumées de chez paumée mais superbes et chaleureusse avec une vue inoubliable pour retrouver le temps de vivre chez Arlette et Bernard Moignoux
à Ambert : Hôtel ** et Restaurant la Chaumière (41 avenue Maréchal Foch 04.73.82.14.94)

Où trouver des bons produits ?
la véritable saucisse de choux d'Arconsat dans les trois boucheries charcuteries labellisées par la Confrérie(on peut aussi la déguster à l'Auberge du Montoncel) :
les Salaisons Carton à Chabreloche (04.73.94.22.05)
le Gourmet Charcutier aussi à Chabreloche (04.73.94.24.70)
la Charcuterie Fournet Fayard à La Monnerie (04.73.51.48.29) et à Viscomtat (04.73.51.90.88)


Laiterie de la Vallée de la Dore chez Alain Garmy à Pont Astier (04.73.53.61.05)
Spécialiste des fromages d'Auvergne : gaperons, tomes, brique d'Auvergne et du Forez, Chevreton, brebis, Fourme d'Ambert, Saint Nectaire ... accueillante boutique sur place

Mon article dans 30 Millions d'Amis
Les chiens des émouleurs de Thiers

Allongé sur le ventre, l’émouleur a le geste précis et réfléchi. En contrebas de son moulin à émoudre, le torrent de la Durolle rebondit furieusement entre les cailloux, sa force fait tourner la meule de grès, un mince filet de son eau, détourné, la rafraîchit, qui éclabousse l’émouleur, déjà frigorifié, dans cette cabane de planches ouverte à tous les vents. C’est qu’il ne fait pas chaud, dans le Puy de Dôme, en hiver, surtout sur les hauteurs de la montagne thiernoise ! Les simples bouts de ferraille brute, grossièrement découpés, deviennent entre ses mains habiles les lames dangereusement effilées, façonnées, qui ont fait et font encore la réputation du couteau de Thiers.

L’émouleur ne chôme pas : dès douze ou treize ans, il travaille six jours par semaine, dans le hurlement strident de la meule, cinquante pièces à l’heure, trois à quatre grosses par jour, cinq cents lames du lever au coucher du soleil, quand il y a du soleil. L’émouleur est un travailleur indépendant qui loue sa place au propriétaire de l’atelier, souvent un émouleur à la retraite, et travaille pour le patron le plus généreux. On le paye treize à la douzaine, pour compenser d’éventuelles pièces défectueuses.
C’est ça, une grosse : douze douzaines, cent quarante-quatre lames payées pour cent soixante lames aiguisées, prêtes à être polies sur du cuivre, à l’étage au-dessus, souvent par les femmes et les enfants (d’où l’expression, bien connue : sois polie, dis bonjour à la lame), puis montées sur le manche, le soir et le dimanche, à la maison, autour du feu. Pendant près de trois siècles, l’émouleur a ainsi fait naître la lame, tandis que le rémouleur, aujourd’hui encore, se contente de lui redonner vie.

Dans sa solitude, l’émouleur a deux compagnons : son canari, qui, de ses trilles, rivalise avec la lame quand elle étincelle sur la meule, et son chien, son indispensable chien. Un émouleur sans son chien est un émouleur qui a bien du mal à émouler ! Le canari, c’est une tradition : chaque émouleur a le sien, installé tout à côté de ses oreilles, qui chante toute la journée, qui serine des mélodies pour égayer l’austère atelier. Le canari de l’émouleur est un peu l’ancêtre du poste de radio du travailleur.
Le chien, lui, ne le quitte pas d’une semelle, mais il n’en fiche pas une ramette : c’est probablement le seul exemple sur terre de collaboration forcée entre l’homme et l’animal où c’est l’homme qui bosse, tandis que l’animal réfléchit. J’en connais, des cockers de salon, qui signeraient des deux oreilles, à condition d’avoir en prime une petite couette !

Il est dressé pour dormir, le chien, pour dormir du matin au soir, lové au creux des reins de son maître, sur ses cuisses ou sur ses fesses, pour faire contrepoids et soulager ses lombaires, pour le réchauffer, lui qui a les mains perpétuellement sous le jet d’eau glacée, qui empêche la meule de trop chauffer et d’abîmer les lames. Le chien ronfle en attendant le casse-croûte du midi, boudin ou poulet, fromage de chèvre ou de vache, et le retour du soir, une longue marche éreintante au travers des forêts giboyeuses, sur des sentiers pentus.

Personne ne sait exactement pourquoi Thiers est devenue la capitale du couteau, tout le monde s’accorde à dire que c’est probablement un hasard. Le terrain était propice : une vallée encaissée et une rivière furieuse habitée par des hommes rudes et courageux. Tout à côté, à Arconsat et à Chabreloche, c’est le pays des colporteurs : chaque famille a au moins un ancêtre qui s’en est allé vendre des babioles, de la verroterie et des colifichets, par monts et par vaux. On retrouve des colporteurs d’Arconsat ou de Chabreloche à travers toute l’Europe, et même aux Etats-Unis, face aux Indiens, ou en Afrique, dans la brousse et la savane.

Au pays d’Ambert et de la Fourme, ils ont fait manufacturer des chapelets : encore aujourd’hui, la majorité des chapelets vendus sur la planète provient d’Ambert et de ses environs. C’est probablement une explication : le premier coutelier était un colporteur retraité, qui savait ce qui, sur la route, pouvait se vendre.

La vallée des Rouets, le long de la Durolle, n’est plus maintenant sillonnée que par les touristes : des sentiers balisés, de un à deux kilomètres et demi, vont de Château Gaillard au bout du monde, c’est-à-dire au centre ville. On peut faire la ballade avec son chien, sur les traces de ses valeureux, mais paresseux ancêtres.

Au centre de la vieille ville de Thiers, au Musée de la Coutellerie, toute l’histoire est racontée en images, de façon ludique, avec des couteaux superbes, des photos et des maquettes. La visite se termine dans l’atelier de Pompon, le dernier émouleur en activité, qui travaille de concert avec le dernier chien d’émouleur digne de ce nom, la belle Olga, un bâtard noir de six ans, vaguement labrador, mais très sympathique.

La star du Musée, jadis, ce n’était ni Pompon, ni sa meule, si ses couteaux, c’était la Pomponnette, un croisé cocker noir comme la suie qui posait pour les photographes en prenant des allures avantageuses, en leur présentant son plus beau profil. Pomponnette avait tout compris de son métier, elle avait conscience, c’est une évidence, de perpétuer la tradition, d’avoir sur ses frêles oreilles un poids phénoménal : elle a été longtemps le dernier chien d’émouleur ! D’ailleurs, avant de partir, elle a formé Fanny, l’épagneul, puis Olga. La Pomponnette, c’était un vrai chien de cirque, un chien d’une intelligence rare : Pompon l’a eu sur le dos de cinq mois à seize ans, il ne s’est jamais remis de sa disparition. Il ne pouvait pas s’approcher de sa planche, mettre en marche sa meule, sans que sitôt elle bondisse sur lui pour s’acquitter avec abnégation de son travail.
C’était quelqu’un, la Pomponnette !
Elle a suivi Pompon jusqu’au Danemark, pour épater les Danois dans un grand magasin, elle a travaillé sur les rives du Leman, et aussi à Paris. Pompon se souvient qu’à Lausanne, un Maître d’hôtel obséquieux lui a demandé : votre chien déjeune ? Elle faisait déjà la première page du journal local.

Les émouleurs ont été remplacés par des machines, c’était une race de seigneurs : le travail, c’était le bagne, mais ils savaient vivre, il y avait l’ambiance de la camaraderie, la solidarité, les concours de belote et les chansons en patois, les champignons et la chasse, le dimanche matin, pour améliorer l’ordinaire de la semaine. Ils étaient libres, mais ils la payaient cher, cette liberté. Ils ont été les premiers à se syndiquer, à négocier avec les patrons leurs conditions de travail, à obtenir des droits et une reconnaissance professionnelle.

Pompon est le dernier émouleur de Thiers : il faut absolument qu’après lui un nouvel émouleur reprenne la meule, un jeune qui en formera d’autres, parce que, le regarder travailler, Pompon, avec son chien, son canari, son savoir faire, c’est rendre hommage à ceux qui, pendant trois siècles, se sont éreintés la vue et le dos, pour faire vivre leur ville et leur famille. Cette émotion, aucune machine, aussi performante soit elle, ne pourra jamais la recréer, même si elle est plus rentable.

Petit carnet pratique
Thiers est dans le Puy de Dôme, au cœur du Parc Naturel Régional du Livradois Forez (04.73.95.57.57), entre Clermont-Ferrand et Saint-Etienne. Vous trouvez toutes les informations nécessaires auprès de l’Office de Tourisme de Thiers (04.73.80.65.65) et du Musée de la Coutellerie (04.73.80.29.39). Dans le centre ville de Thiers, quelques bons restaurants (le Coutelier par exemple ou L’Hôtel de l’Aigle d’Or et de Paris) permettent de découvrir les spécialités auvergnates comme la truffade, l’aligot, le Gaperon ou la saucisse de choux : elle est surtout exceptionnelle à l’Auberge du Montoncel d’Arconsat (04.73.94.20.96) qui fait hôtel et restaurant. La Vallée des Rouets se visite à pieds tous les jours en juillet et en août (navette au départ de la Place de la Mairie).

paru dans 30 Millions d'Amis 210 d'août 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & 30 Millions d'Amis

 

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