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pierre-brice ... comme un Polonais !


Je ne suis resté que dix jours à Poznan, c’est vrai, dont la moitié, au moins, je l’avoue, passée à table, mais je n’y ai rencontré aucun plombier : des cavaliers, oui, un garde forestier, des chasseurs, un boulanger, d’accord, un prof d’histoire, des bûcherons, mais pas de plombier.

Je voulais découvrir la gastronomie locale, j’ai surtout constaté que " saoul comme un Polonais " est une expression très surfaite : le Polonais, malgré tous ses efforts, n’est jamais saoul, ni rassasié, d’ailleurs. Il faut sur le sujet éviter de le provoquer, ne jamais se mesurer à lui : ce n’est pas humain, ce qu’il peut avaler.

Je suis désolé pour les clichés, mais bon, des Polonais, j’en ai vu pas mal, des petits et des gros, des jeunes et des moins jeunes : tous, tout le temps, ils ont bu, tous, tout le temps, ils ont mangé. Je veux bien admettre que je suis tombé sur un nid, un nid de Polonais assoiffés et affamés, d’accord, je veux bien l’admettre, mais quel nid !

En plus, la gastronomie polonaise est très éloignée de l’allégé : c’est une cuisine de terroir, populaire et paysanne, roborative, et délicieuse, goûteuse et inventive, composée de plats nourrissants, caloriques, servis généreusement et toujours arrosés, de bière ou de vodka, l’eau dont coule la vie (sic). La vodka est une institution en Pologne, une religion. Dans un supermarché, le rayon des vodkas est aussi étendu que le rayon des vins dans un supermarché bourguignon. J’ai adoré la Zubrowska, la fameuse bison, aromatisée aux herbes : là-bas, ils la servent souvent allongée de jus de pomme. Ça peut paraître bizarre, mais c’est excellent. La Zoladkowa Gorza, difficile à trouver par ici (j’en ai ramené deux caisses, mais je les garde), est aromatisée aux fruits secs, ce qui lui donne une appétissante couleur caramel : avec du lait, elle est sublime. Oui, c’est étonnant aussi, mais ça mérite d’être tenté !

Dans les gamelles polonaises, donc, rien que des trucs légers, style du bigos en entrée, sorte de choucroute préparée et mijotée comme un goulasch, assaisonnée de paprika, truffée de petits morceaux de saucisse fumée et de poivrons. C’est un en-cas, souvent suivi de klops, ces excellentes boulettes de viande hachée, cuites dans une sauce épaisse, ou de letzo, une sorte de ratatouille à la saucisse et au paprika : la saucisse est à la Pologne ce que le renne est à la Scandinavie, ou les pâtes à l’Italie, un plat de base dont il existe un nombre infini de variétés. Le letzo accompagne à merveille l’escalope panée, autre grand classique de l’assiette polonaise. L’histoire du pays a forcé les mères de famille et les cuisiniers à faire du nourrissant avec ce qu’ils trouvaient : le légume le plus utilisé est le chou, farci, touillé, mélangé, en omelettes ou en entrée, braisé, ébouillanté … tout a été tenté !

Un autre truc du genre digeste, les pierogi, des raviolis russes farcis au fromage et aux patates, poêlés avec des oignons dans une sauce de saindoux ! On comprend mieux, en sortant de table, l’utilité de la vodka : elle fait descendre. J’ai adoré aussi le bordj, une soupe de betteraves à la marjolaine, qui se mange chaude ou froide, et la grochowka, une soupe de pois, de patates, avec du lard fumé et de la saucisse : je l’ai partagée, autour d’un feu de camp, avec des bûcherons qui cassaient la croûte en pleine forêt.
Quel pays !

J’ai atterri à Poznan, à mi-chemin entre Berlin et Varsovie. Je n’ai pas fait que manger, j’ai aussi visité. Poznan n’est pas la plus connue des villes polonaises, peut-être pas non plus la plus belle, mais, située aux limites de la Lubuskie, la région des forêts et des Lacs, où la température varie de – 35° en hiver à + 35° en été, c’est une cité très agréable à découvrir. On se balade avec plaisir au centre ville, on mange pour pas cher, par exemple chez Apetyt (de 4 à 5 euros le repas complet), au Forma Caffe, a la Dramat crêperie, ou alors on grignote en marchant de l’oscypek, du fromage fumé de la montagne vendu par des commerçants ambulants. Il ne faut pas rater la place du Vieux Marché : les façades colorées des Maisons des Marchands, les magasins, les restos et les bistrots la rendent particulièrement sympathique. Le carillon de son célèbre Hôtel de Ville, qui date de 1536, rejoue une scène du folklore local : deux chevreaux qui devaient être servis, rôtis, au Gouverneur en visite, se sont sauvés dans les étages, ils ont fini leur échappée sur le toit de la bâtisse, où ils se sont battus. Ils s’affrontent depuis chaque jour, à midi, pour la grande joie des touristes et des enfants. Le dimanche, une fanfare commémore bruyamment le roi des corbeaux, soigné par un sonneur de trompette : en signe de reconnaissance, les oiseaux ont défendu la ville lorsqu’elle a été assiégée. La ville est pleine de traditions, d’histoires et de coutumes. On s’y sent bien, on y reste volontiers, je ne vous en donne ici qu’un tout petit aperçu …

Mon guide, Waldemar, infirmier reconverti en cavalier, est propriétaire, en pleine campagne, d’un centre équestre pour cavaliers bourrés, inconscients ou chevronnés : la région est propice aux randos et aux galops dans les bois, le long de la rivière Odra.
Il m’a fait aimer son pays, grâce à Barbara, ma traductrice.

Je me suis aussi fait des tas d’amis : c’est fou comme la vodka et la bière aident à se faire des amis ! J’en ai plein, maintenant, en Pologne, des amis : j’aurai sûrement du mal à les retrouver, voire à les reconnaître, vu ce que j’ai avalé, mais je ne suis pas prêt de les oublier. Nasdrovie ! et bonnes routes !

paru dans Gazoline 115 d'août-septembre 2005
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline


Carnet pratique

On peut aller en Pologne en train ou par la route, mais aussi, c’est plus simple, en avion : la compagnie nationale LOT Polish Airlines est très sérieuse et très accueillante, toujours ponctuelle, elle relie Paris à Varsovie (avec de nombreuses correspondances) en Embraer 175, qu’elle est au Monde la seule à utiliser pour l’instant (0.800.10.12.24).
Le low-cost polonais Air Polonia a, quant à lui, fait récemment faillite, mais il reste Wizz Air (0.892.68.20.77), qui relie Varsovie à Paris Beauvais, et à Bruxelles Charleroi.
Je vous ai aussi trouvé des billets AR pour Poznan sur compagnie régulière aux alentours de 400 euros : je vous mets en ligne tous les liens nécessaires.

L’Office National Polonais du Tourisme se tient aussi à votre entière disposition (01.42.44.19.00), il vous reçoit avenue de la Paix à Paris.

Si une escapade rustique à cheval (ou à pied) de 8 jours vous intéresse : contactez de ma part Zig-Zag le pro de la rando (01.42.85.13.93) qui propose un départ chaque samedi (aux alentours de 700 euros vol compris, via Berlin : il faut juste ajouter les taxes d’aéroport), le centre équestre peut organiser directement un séjour à la carte (rando réservée aux bons cavaliers : j'insiste !)

 
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en Pologne
le Groupe Accor (qui possède Mercure Ibis Novotel Sofitel ...) a acheté Orbis, une petite trentaine de *** disséminés dans une vingtaine de villes à travers tout le pays