Le lac, si accueillant sous le ciel bleu, menace ses derniers visiteurs
: la nuit tombe, leau calme devient grise, et le vent se lève.
Le Steam Ship Thomée fait demi-tour : au loin, se profilent
déjà les lumières dÖstersund,
gros bourg de 60.000 habitants dans le Nord de la Suède,
à 700 kilomètres de Stockholm, au cur de la
région du Jamtland, le paradis des randonneurs. Je nai
pas vu Storsjöodjuret, je suis déçu.
Les rare à lavoir rencontré, des campeurs ou
des promeneurs, des pêcheurs et un pasteur (en 1635), deux
aviateurs militaires suédois en vacances (en 1972), un professeur
de grammaire (en juillet 1863), le décrivent comme un long
serpent de 3 et 14 mètres de long. Margaretha Hallenborg,
capitaine depuis 20 ans du vapeur qui promène les touristes
sur le Storsjön, pense quils délirent : il ne
fait pas, selon elle, plus de 4 mètres. Chacun a son avis
sur la question. On sait avec certitudes ce quil nest
pas, un gros poisson, un banc de petits, un tronc darbre,
une famille de canards en file indienne, mais on ne sait pas qui
il est : probablement un lointain cousin scandinave de Nessie. Loffice
de tourisme, très efficace, distribue un dépliant
qui raconte son histoire, indique les meilleurs observatoires, répartis
autour de ce lac de 456 kilomètres carrés pour 75
mètres de profondeur. Il donne des conseils en cas de rencontre
fortuite, et rappelle quil est interdit de le chasser : la
loi sur la protection de la nature la incorporé, le
22 janvier 1986, dans son article 14, parmi les espèces à
protéger. Cest bien la preuve quil existe, non
? Vous imaginez quà Stockholm, le Parlement, le Roi
et le gouvernement ont le temps de mettre au point une loi pour
protéger un monstre qui nexiste pas ? Même le
Roi Carl XVI Gustaf sest personnellement engagé, par
le biais dune Fondation. Soyons sérieux : puisquil
existe, il faut veiller sur lui, le monstre et son fils sont des
citoyens suédois qui ne font de mal à personne. Ah,
oui, joubliais, il a un fils : Birger. La ville regorge de
peluches à son effigie, il est le héros des enfants
: Menu Birger dans les restos, Mac Birger dans les fast-foods, pyjamas
Birger, cartables Birger, ballons Birger
Östersund est la patrie des bêtes bizarres : sur les
hauteurs, on trouve le Moosegarden,
une étonnante ferme délans, où les visiteurs
se pressent pour donner le biberon aux petits, caresser les grands
et leur offrir des patates, leur friandise préférée.
Ils sont 7 dans leur domaine de 15 hectares. Ils arrivent au petit
trot quand Sune les siffle : il a créé cette ferme
en 1997 après avoir recueilli deux bébés, qui
ont grandi et à leur tour fait des bébés. Lélan
est lanimal le plus grand dEurope : il toise tout le
monde, un rien dédaigneux, on le croirait juché sur
des échasses. Sa démarche est rigolote : avec ses
gambettes fines qui semblent si fragiles, on dirait quil fait
des pointes. Son nez tout mou, comparable à celui du chameau,
fait hurler de rire les visiteurs. Gourmand et curieux, il se laisse
volontiers caresser, fouille un peu les poches et les sacs, jette
un il sous les casquettes. Sune trait ses élans (surtout
les femelles), pour fabriquer du fromage et du milk-shake, mais
aussi, avec leurs crottes, du papier cent pour cent naturel ! Il
faut dire quil ny a pas que les bêtes qui sont
bizarres, à Östersund. Cet herbivore ne mange, par définition,
que des arbres et des herbes, son estomac est aussi costaud que
le mien (pourrait faire journaliste gastronomique, le gars) : ses
crottes sont dune pureté absolue, on ne peut rêver
dun papier plus recyclable et plus biodégradable !
Sune imprime dessus des faux billets de banque, des petites gravures,
des cartes postales, des diplômes ou des menus de fête.
Lélan est un grand sportif : il saute 3 mètres
de haut et plonge, dans leau, jusquà 4 mètres
de profondeur, pour manger les algues quil adore. Cest
un excellent nageur qui ne craint même pas leau gelée.
Il atteint 70 kilomètres à lheure au galop,
et peut marcher des jours durant sans sarrêter : son
cousin canadien, le caribou, migre chaque année de 1600 kilomètres.
Moosegarden, le paradis des élans, abrite un café
qui propose des gâteaux faits maison, une boutique de produits
délan et même une tour dobservation, pour
guetter notre désormais ami Storsjöodjuret.
Il y a même des petits chalets en bois doù lon
peut observer les élans et le Storsjön dès le
saut du lit (70 euros/nuit).
On déambule avec plaisir dans la rue principale dÖstersund,
ou sur les bords du lac.
Dans les cafés, la bière coule à flot : aucun
verre ne contient moins dun demi-litre (mais nen boire
quun fait petit joueur). Il faut sarrêter devant
quelques boutiques, comme Ost & Vilt (littéralement :
Fromage & Sauvage), pour découvrir le camembert au lait
de brebis, le cur de renne fumé ou la viande délan,
très goûteuse et fort peu grasse, appréciée
fraîche, ou fumée, en grillades, en boulettes, en ragoûts
ou en jambon
Juste en face, pour se désaltérer, le
Systembolaget : lalcool, hors de prix, est ici le monopole
de lÉtat, les magasins ont un petit air de banque,
avec sas dentrée sécurisé, numéro,
comptoir, guichet pour payer
Avant de quitter Östersund, il faut monter sur la colline de
Frösö pour admirer la région du haut de la tour
en bois, située au point le plus haut de la région
(468 mètres au-dessus du niveau de la mer), qui offre une
vue superbe sur le lac et les montagnes qui lencadrent, tout
à côté dun sympathique salon de thé,
à quelques centaines de mètres de lÉglise
en bois de Frösö, qui date tout de même du XIIe
siècle, ce qui nest pas mal pour une église,
surtout en bois.
On peut aussi visiter le
parc de loisirs Jamtli, sorte dEuro Disney pédago
sans manèges qui propose une balade historique dans la Suède
dautrefois.
Les
scandinaves sont étonnants : de Bergen
à Helsinki,
via Östersund, Copenhague
et le Dälsland,
où je vous ai emmené récemment, vous ne le
regretterez jamais. On les imagine austères, ils sont souvent
à se tordre. On les croit réservés, ils sont
chaleureux et accueillants. On les imagine tristes, frigorifiés,
ils se marrent du matin au soir. On les suppose rigides, ce sont
des originaux souvent déjantés, mais toujours pros,
souriants, efficaces. Découvrez la Suède et ses voisins,
vous ne serez jamais déçus. Lannée prochaine,
on repart en Norvège : Lillehamer et Aalesund, ça
vous dit ? Au menu : fjords, et anciennes sur sommets enneigés.
On ne va pas sennuyer. Bonnes routes !
article paru dans le Gazoline 113 de juin 2005 paru en mai 2005
© Pierre-Brice Lebrun & Gazoline
Infos pratiques
LOffice de tourisme de Suède vous apporte toutes les
informations nécessaires au 00.800.3080.3080 (numéro
gratuit et universel)
Le site de la
région de la Jamtland & le site de l'office
de tourisme d'Östersund
La meilleure route pour la Suède, la Norvège et le
Danemark passe par SAS, la compagnie scandinave très appréciée
des voyageurs, pour sa ponctualité, son accueil et le sourire
de ses hôtesses (craquant) : de nombreux vols pour Stockholm
sont proposés au départ de la France (0 825 325 335),
de la Belgique (02/643.6900) et de la Suisse (044/205.5070), avec
des correspondances rapides pour Östersund.
Le monstre aussi a son site perso : c'est le
Storsjoodjuret web !
Une fois là-bas, achetez la
Carte Östersund : elle fait bénéficier dentrées,
de transport et de parking gratuits en centre-ville.
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