Et paf, pas le chien, la surprise ! Je pars vérifier -pour
vous et malgré la canicule- qu'un petit resto, déniché,
par hasard, l'année dernière, est toujours aussi
bon, je me tape cent bornes, pour trouver porte close : ça
met les nerfs en boule et l'appétit à rude épreuve
! Rassurez-vous, je suis revenu le soir et je vous confirme que
L'Armoricain, à Pénestin dans le Morbihan, est une
étape incontournable pour qui aime la mouclade, les fondues
de poisson et les galettes. Les frites sont exceptionnelles, et
le cuistot prétend les faire "normalement" :
moi, je le dis et je le répète, ce sont de vraies
frites belges, dorées à la graisse de buf
! Vous accédez à Penestin par la route côtière,
au départ de la N 165, entre Nantes et Vannes, ça
vous permet de voir le petit port de pêche de Tréhiguier.
Parce que, pour ne rien vous cacher, j'ai passé mes vacances
en Bretagne, avec mon p'tit nain, à la Trinité-sur-Mer,
excatement, et je vous ramène quelques adresses de derrière
le biniou !
Revenons à la surprise : je tourne autour de Pénestin
pour trouver un truc à manger, je tombe sur Le Crabe Vert,
à Assérac, une petite crêperie-bar de village
qui n'a pas l'air de casser des briques, mais, on va dire, qui
a un petit je-ne-sais-quoi de sympa. L'accueil est souriant, le
service familial, et le cuistot épatant : il mitonne des
petits plats tout simples, auxquels il ajoute la petite touche
risquée qui fait le grand pro. Chapeau, chef, et chapeau
rond !
Rapprochons-nous de la Trinité : tout y est en général
extrêmement cher, et les pièges à touristes
fonctionnent à plein régime. Vous avez par exemple
la possibilité d'acheter votre Koung-Amann à l'usine
du coin, sorte d'EuroDisney local qui se prétend du terroir,
avec parking de six cents places, banque et "dégustation
de produits régionaux", ou alors d'aller à
Saint-Philibert, à la Boulangerie-Pâtisserie Kerviche.
Le pain y est très bon, toujours frais, et le Kouign-Aman,
que vous écrivez comme vous le voulez et prononcez comme
vous le pouvez, est le meilleur du coin.
Autre étape atypique, loin des plages et des saucisses-frites,
Les Fermes de Sainte-Barbe, mettons-nous d'accord, elle est toute
seule et ce n'est pas une ferme, d'ailleurs elle n'a pas de barbe
et fonctionne sans artifice (*),
mais on y mange bien, en terrasse sous une tonnelle de vigne,
la viande est excellente, ça vous changera du poisson qui,
à force, gave un peu. Les glaces sont copieuses et le vin
du patron tout à fait convenable. Le service, ce jour-là,
était très bien, ça aide à apprécier
le reste. Un seul reproche : c'est dommage de ne pas ouvrir l'après-midi,
en salon de thé, selon la formule consacrée, vu
qu'il est impossible, dans ce coin, de manger une glace à
l'ombre, tranquillement, sans que des hordes de touristes en short
vous enquiquinent.
Si vous voulez loger dans les environs, faites comme moi, faites-vous
inviter par des copains (salut Hélène !) ou trouvez-vous
un hôtel. Vous pouvez aussi camper : je vous ai déjà
parlé du label des campings de luxe à prix accessibles
Castels Camping Caravaning,il y en a un à Carnac, La Grande
Métairie, je ne l'ai pas testé, mais je connais
ses collègues labellisés, c'est une référence.
Un peu plus dans les terres, à Locoal-Mendon, je vous conseille
un dîner copieux à la Ferme-Auberge du Moustoir,
chez Anne-Marie et Gilbert QUELLEC, des sadiques qui élèvent
des porcelets tout roses, qui vous les mettent dans les bras puis
qui les cuisent à la broche ou, et ça c'est très
bon, au vieux four à pain ! Les menus vont de 10 à
20 € et la famille a eu en 1990 le premier prix des terrines
de campagne de Bretagne. Vous goûterez, plutôt en
hiver, le ragoût de saucisses aux choux. Attention : il
est indispensable de réserver ! La Ferme-Auberge du Moustoir
adhère à l'Association des Fermiers-Aubergistes
et Aubergistes de France, une soixantaine de bonnes adresses à
travers la France, dont certaines font en plus chambre d'hôte.
Vous
visiterez Vannes et Port-Louis mais vous éviterez Lorient,
cauchemardesque en dehors du festival Inter-Celtique. Sur ce,
mes vacances sont finies, mais pas ma digestion : kenavo !
Paru dans le GAZOLINE
d'octobre 1998
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline