pierre-brice à Lillehammer
et à Hjerkinn dans de Dovrejfell
Le bâtiment blanc est planté au milieu de nulle part
: entouré par la lande, il fait face au lac et aux sommets
enneigés. Une cinquantaine de chevaux, des islandais pour
la plupart, trapus et costauds, grégaires, pâturent
aux alentours, quelques moutons, deux ou trois vaches curieuses
leur tiennent compagnie. C'est le paradis des randonneurs : à
cheval, en VTT (si vous emmenez le vôtre), ou à pieds,
il y a des dizaines, des centaines, des milliers de kilomètres
à parcourir.
On peut y venir en voiture (facile : c'est tout droit), en
train (la gare, reliée à l'aéroport
international d'Oslo, est à 200 mètres : le train
met 4 heures, trois fois par jour, comptez de 25 à 65 euros),
ou en camping-car (il y a tout autour des emplacements aménagés).
On peut aussi, c'est une bonne idée, profiter des chambres
confortables de cette "auberge de campagne" (Fjellstue,
en norvégien), s'asseoir, le soir, à sa table fort
agréable (buffet à volonté de savoureuses spécialités
locales), s'affaler dans les canapés de son bar (wifi gratuit
et bières au demi-litre), ou juste se laisser aller, comblé
par la chaleur et les sourires du personnel : ici, Madame, on bosse
en famille depuis mille deux cents ans, Anne-Stine
et Martin, les propriétaires actuels, frère et
sur, sont la douzième génération.
Le Dovrefjell, à 450 kilomètres au nord de la capitale
du Royaume, est idéal pour découvrir et apprécier
la Norvège de l'est, la Norvège profonde, sauvage,
loin des fjords (où je vous emmène aussi bientôt),
des cartes postales et de la mer, la Norvège des Norvégiens,
où s'aventurent peu de touristes (sauf les Scandinaves, les
Allemands et quelques Hollandais). Dans le coin, surtout, on se
promène, mais on peut alterner, balade à cheval, randonnée
qui fait mal aux pieds (le pique-nique est fourni, on se le prépare
soi-même pendant le petit-déjeuner, pain frais, crudités,
fromages et charcuteries), ou Muskus
Safari : à pied, avec Knut, on tombe dessus à
coup sûr, le guide est un pisteur expérimenté
qui trouve son Muskus au milieu de nulle part.
La balade est superbe, accessible aux enfants, les paysages somptueux
et les Muskus bien planqués.
Le Muskus est comme son nom de buf musqué ne
l'indique pas, un cousin sauvage du mouton et de la chèvre,
une sorte de mouflon dun mètre et demi de haut pour
300 à 400 kilos, armé de redoutables cornes recourbées,
longues de 70 centimètres. Il cache sous une toison brune,
épaisse, son faux air de bison buté. En 1931, puis
en 1938, le gouvernement norvégien a réintroduit une
douzaine de bufs musqués dans le
Parc National de Dombas, il est allé les chercher au
Grnland, où, comme en Alaska, ils vivent naturellement
à létat sauvage. Ils se sont acclimatés,
mais, chassés pour leur viande et leur fourrure, ils nont
pas survécu à la seconde guerre mondiale.
Il faut dire que le Muskus ne fuit jamais, et que, niveau technique
de défense, c'est un crétin, il n'en connaît
qu'une, aussi étonnante que suicidaire : la tribu fait le
cercle autour des plus faibles (remarquez quand même que c'est
sympa de sa part), tandis que le mâle dominant charge (il
peut atteindre 60 km/heure, le bougre). Quand il est fatigué,
ou sil se fait abattre, cest son successeur qui ramasse
le drapeau : il paraît que ça marche avec les loups,
mais pas avec lhomme armé d'un fusil. Le gouvernement
norvégien, qui a de la suite dans les idées, en a
de nouveau ramené une quarantaine entre 1947 et 1953, du
toujours voisin Grnland. Ils sont maintenant 160 à
se partager les montages du Dovrefjell.
Du Muskus, on peut aussi en manger (vous me connaissez, je n'ai
pas pu m'en empêcher, pour me venger des 5 heures de marche
dans la montagne), à la Kongsvold Fjellstue, un restaurant
réputé et magnifique, mais il vous faudra
casser votre tirelire (évitez le vin, qui est très
cher).
Sur la route d'Oslo, dans un sens ou dans l'autre, arrêtez-vous
à Lillehammer(desservie par le même train que Hjerkinn). Vous pouvez
même y dormir, dans un hôtel sympa sans plus,
bien qu'un peu excentré, le Ersgaard
Gjestehuset. Il faut dire qu'on trouve peu d'établissements
indépendants en Scandinavie, paradis des chaînes hôtelières
(vous pouvez, par exemple, réserver chez Rica,
Scandic ou Radisson SAS, ce sont des valeurs sûres).
Lillehammer surplombe le lac Mjosa,
le plus grand du pays (long de 150 kilomètres, profond de
450 mètres : on
peut y faire d'agréables croisières).
Le tremplin de saut à ski, vestige des JO d'hiver de 1994,
surplombe Lillehammer.
Il y a 350 kilomètres de randonnées à faire
dans le coin (et l'Office de tourisme loue des vélos), mais
on a vite fait le tour de la ville, ou plutôt sa traversée,
puisqu'il suffit de parcourir la Storgata, la rue piétonne
où s'alignent les boutiques, pour en atteindre le cur
: il y a beaucoup de pâtisseries (bakeri, ou konditori), parce
qu'un Norvégien digne de ce nom a toujours faim, pas mal
de magasins de design et de fringues (avec des jolis pulls lapons
chamarrés, des gilets bien chauds, des gants, des bonnets
colorés pour se reconnaître dans le foule), mais aussi
des cafés et quelques restaurants. J'ai bien aimé
le Café Handleriet, un peu à l'écart, qui fait
de très bon sandwiches (à 5 euros), ou la cafétéria
du Musée
des Arts et de la peinture (qu'il faut absolument visiter),
tout comme le Musée automobile, que je vous ai déjà
recommandé (mon article est ici en-dessous), ou le
Musée Olympique. On mange bien, aussi, au Nikkers (comptez
400 NOK le repas, difficile de manger dans ce pays pour moins de
50 euros), c'est un peu le centre de la vie nocturne, on l'atteint
en traversant à gué une rivière ('sont fous,
ces Norvégiens), en essayant d'éviter les deux requins
(non, non, ce n'est pas une blague, oui, oui, je sais, c'est bizarre).
On peut déjeuner aussi au Kanten Kro, une cafétéria-plat-du-jour
pas chère, installée tout là-haut, là-haut,
aux pieds du tremplin, dans le Parc Olympique : la vue est magnifique
!
Il y a, toujours à Lillehammer,
une autre attraction, de taille : Maihaugen,
un parc historique, avec des villages reconstitués, un centre-ville
de 1900, une gare et un train postal, des vaches et des aires de
pique-nique, une église en bois debout du XIIIème
siècle, des haltes qui vendent des crêpes caramélisées
fourrées au fromage (excellent), ou de la bouillie d'orge
au yaourt sûr (local) une belle balade dans les bois
et la campagne pour découvrir la Norvège d'autrefois.
Encore plus étonnant : la région de Lillehammer est
célèbre pour ses fraises ! On en trouve partout, de
juin à septembre, elles sont énormes, sucrées
et très goûteuses (20 NOK la barquette : 2,50 euros),
vous ne pouvez pas les rater, les rues embaument : 'jamais vu des
fraises aussi odorantes.
Toujours sur la route de Hjerkinn, allez saluer, à l'Hunderfossen
Familiepark, le plus grand Troll du Monde : il fait déjà,
de haut, 14 mètres assis, alors imaginez quand il se lève
!
Voilà, donc : direction, la Norvège, d'accord ? Pensez-y
pour cet été, c'est autre chose que la Costa del Sol
ou la Corse ! Bonnes routes, mais 'faites gaffe aux Muskus.
Infos pratiques
Hjerkinn
Fjellstue propose aussi des séjours équestres
en pension complète (700 euros les 6 jours, sans le voyage,
de 3 à 6 heures déquitation quotidienne, pour
tous niveaux).
Les Muskus
Safaris à pied se réservent directement sur le
Web ou sur place, auprès de Knut
Harald Granlund, le meilleur guide à lEst du Lagen.
SAS et Air France relient plusieurs fois par jour Paris à
Oslo-Gardemoen
ainsi que Sterling
(0892.68.20.89, 0,337 euros /mn)
et Norwegian
Air Shuttle (0892.68.17.90, 0,337 euros /mn aussi), pour bien
moins cher (à partir de 37 euros AR, beaucoup de billets
aux alentours de 50 euros)
au départ de Paris
Beauvais Tillé (0892.68.20.66, 0,337 euros /mn), de Genève,
Nice et Montpellier.
La Norvège en fait pas partie de l'Europe : la couronne norvégienne
(NOK), n'a pas été remplacée par l'euro, et
l'aéroport
d'Oslo fourmille de free-taxes.
Monsieur Clarin Mustad est un homme intéressant (visite du Musée automobile de Lillehammer)
Monsieur Clarin Mustad (1871-1948) est un homme poli, issu dune
célèbre et richissime famille norvégienne dindustriels
entreprenants : lorsquil fait son premier voyage en voiture,
en 1906, d'Oslo à Aalesund, il éteint son moteur à
chaque fois quil rencontre des chevaux, pour ne pas donner,
des automobilistes, une mauvaise image. Sa voiture, à lépoque,
démarre évidemment à la manivelle : ne voulant
pas renoncer à ses principes, Monsieur Mustad, lassé
de tant darrêts, invente le démarreur automatique,
pour ne plus avoir à quitter son siège, parce que
Monsieur Clarin Mustad est aussi un paresseux contemplatif. Les
pêcheurs le connaissent bien, ou plutôt sa famille :
Ole Hovelsen Mustad, le grand-père, a créé,
en 1832, ce qui allait devenir la plus importante entreprise de
fabrication dhameçons au Monde !
Monsieur Clarin Mustad est un homme généreux : en
1916, il présente une automobile gigantesque, une Limousine
de 6 roues, qui peut emmener 11 voyageurs, avec ses quatre roues
arrière motrices. La première version se contente
dun moteur de 4 cylindres, remplacé, lannée
suivante, par un 6 cylindres de 7 litres, qui développe 85
CV : ce minibus, ancêtre de nos monospaces très tendance,
montait tout de même à 95 km/heure ! On en trouve un
exemplaire au Musée des voitures anciennes de la petite ville
de Lillehammer, en Norvège, qui a organisé les JO
dhiver en 1994, et un autre au Musée des Sciences et
de lIndustrie dOslo, un prototype amélioré
reconstruit en 1927, utilisé pendant lévacuation
dOslo en 1940.
Monsieur Clarin Mustad est francophile : en 1920, il ouvre une usine
à Duclair (un usine de clous), tout à côté
de Rouen, qui ne fermera quen 1937. Les déclinaisons
imaginées pour sa Limousine géante, ambulance, bus
et camion, ne verront jamais le jour. Clarin Mustad sait aussi être
altruiste : il invente un étonnant vélomoteur, proche
du Solex, le Mustad Folkescooter, fabriqué, après
sa mort, de 1954 à 1957, par Gresvyg à Oslo.
Monsieur Clarin Mustad est surtout un précurseur génial
: plusieurs dizaines dannées avant que Citroën
ne présente son modèle DS, Monsieur Mustad crée
des phares qui tournent avec le volant. En 1922, la voiture qui
en est équipée est présentée au Salon
Automobile de Paris, elle est mentionnée dans la presse professionnelle
du monde entier.
Monsieur Clarin Mustad est enfin un homme pratique : en 1935, il
se rend compte quil ne supporte plus ses passagers, lassé,
probablement, par les " cest quand quon arrive
", et les " on sarrête à la prochaine
", alors, il construit une voiture très petite, avec
de la place seulement pour lui-même. Ce coupé, baptisé
l'égoïste par son concepteur, est construit avec des
pièces détachées achetées chez Fiat.
Il est si petit que la boîte de vitesse se trouve entre les
jambes du chauffeur : rigolo, idéal pour se jouer des embouteillages,
et des places de stationnement les plus étroites, il naura
quun succès destime.
Monsieur Clarin Mustad est de bonne volonté, mais il ne faut
quand même pas pousser : puisque tout le monde se fiche de
ses inventions, il arrête tout, ferme son usine normande et
se retire en Norvège, pour sadonner à son loisir
favori, la pêche au saumon et à la truite, dans les
torrents et dans les fjords.
Le Musée de voitures anciennes de Lillehammer, le
Norsk Kjøretøy Historisk
Museum, propose une intéressante collection de voitures
anciennes, surtout norvégiennes, certaines dune grande
rareté, dautres dune sacrée originalité
! Les premiers véhicules présentés sont des
traîneaux, des voitures à chevaux et un landau, qui
laissent vite la place aux vélos, rois de Scandinavie, et
aux vélomoteurs.
Cest ensuite le tour des vieux tacots, restaurés et
entretenus par léquipe de passionnés qui anime
le lieu, une Rover de 1908, une Piccolo de 1907, une Dodge de 1916,
ou encore une Red Simplex de 1913.
Dans un décor minimaliste, parfois rigolo, une Isetta "
Bubble Car ", construite par BMW et Velam, discute avec une
Lloyd Alexander, fabriquée à Brême entre 1950
et 1963, très proche dune Hudson bleu ciel de 1936.
Dans un coin, à lécart, un rien pimbêches,
une Skoda 1200 de 1955 et une Pobeda M26 de 1956, qui ont appartenu
à la nomenklatura soviétique.
La voiture rouge peinturlurée est une Nash Spécial
Six de 1927, décorée en 1964 par deux étudiants
fêtant leur diplôme et célébrant la fin
de leurs études (les pauvres, sils savaient que les
ennuis ne font que commencer, auraient-ils le cur à
la fête ?).
Lété norvégien ne dure que trois ou quatre
mois, le reste du temps, la neige recouvre le pays : cest
pour cela qua été inventée la Bjering,
une deux places qui, lhiver, remplace ses roues avant par
des skis : sept exemplaires ont été fabriqués
entre 1919 et 1920. Les Norvégiens sont des marrants, un
peu farfelus sous leurs airs austères, qui ne sont que des
apparences scandinaves : Kohl Larsen, que lhistoire automobile
semble avoir oublié, a construit, en fibre de verre, 15 Troll
en 1956, cinq seulement ont été vendues. Le modèle
exposé ici est le prototype.
La visite se termine par des voitures du futur, électriques
pour la plupart, des modèles expérimentaux abandonnés,
malgré des performances réelles : la Kewet El-Jet,
construite en 1992 par Kewet Industry, peut rouler à 80 km/heure,
avec une autonomie de 40 à 70 kilomètres, grâce
à ses six batteries de 54 volts : la notice ne précise
pas combien de temps il faut pour les recharger !
Infos pratiques
On accède facilement à Lillehammer, entre Oslo et
Trondheim, en train à partir de laéroport dOslo
(une vingtaine par jour, pour environ 15 euros), lOffice
de Tourisme répond (en anglais), à toutes les
questions, (47/61.28.98.01), le Musée, géré
par une association de passionnés (47/614.25.61.25), na
pas de site Internet.