Le samedi, le dimanche et le lundi,
le plus grand Marché aux Puces du Monde sétend
aux portes de Paris : onze kilomètres de vitrines disséminés
sur sept hectares le long des rues des Rosiers et Jules Vallès,
à Saint-Ouen, quatorze Marchés indépendants,
animés par 2500 marchands, accueillent chaque week-end
près de 200.000 visiteurs, soit plus que la Tour Eiffel
!
Il est six heure. Les Puces de Paris Saint-Ouen séveillent.
Elles sont encore réservées aux initiés,
ceux qui savent contourner les barrières et les volets
baissés. Les marchands déballent pour les marchands,
des chariots se vident, dautres se remplissent. Les vendeurs
à la sauvette squattent déjà les trottoirs
de la rue Jean-Henri Fabre, qui, de la porte de Clignancourt à
la porte Montmartre, longe le périphérique. Ils
étalent leur marchandise neuve, disques, sacs, tee-shirt
et blousons. Cest la rue la plus touristique, la plus connue,
mais aussi la moins authentique, pourtant, de nombreux touristes
semblent sen contenter. Les premiers antiquaires ouvrent
leur boutique rue Lécuyer.
Les deux mondes signorent complètement. Au comptoir
de Jeanne et dAntoine, rue du plaisir, les habitués
se requinquent au café calva.
Sept heures. Chez Mazeaud, récupération fers et
métaux, les camions déversent leur cargaison, prestement
pesée, dans un assourdissant bruit de ferraille. Des radiateurs
en fonte, des balustrades, des grilles de balcon et des lucarnes
en zinc vont être dépiautés, compressés
et recyclés. Il faut monter la garde pour négocier,
sitôt son arrivée, un vieux réverbère,
une colonne Morris ou une fontaine Wallace, devenus rarissimes.
Juste en face, le Marché Lécuyer Vallès commence
à sanimer. On lappelle aussi Le Passage, parce
quil traverse le pâté de maisons dune
rue à lautre. En chinant dans le fatras des boutiques,
entre les dauphins qui bondissent, les vasques de pierre moussue
et les ours de la Forêt-Noire reconvertis en tabourets,
on trouve des angelots potelés, sculptés, dorés
et souriants, avec, parfois, tout au fond, dissimulés,
des meubles marquetés ou délégantes
commodes galbées. Le mur qui sert denseigne monumentale
au Marché Jules Vallès a été fraîchement
repeint, en hommage à Frédéric. Il était
le premier porteur des Puces à posséder son chariot.
Comme jadis les forts des Halles, ils sont plusieurs à
se louer aux marchands pour transporter, à travers la foule,
meubles et colis. Frédéric est décédé
le 14 juin 2003. Ses amis se sont cotisés pour marquer
Les Puces de son effigie souriante.
Sept heures et demie, les premiers néons sallument,
dans une odeur de croissant chaud. Alain Maignan la Forge (stand
13) remonte les mécanismes et les pendules de sa Grosse
Horloge. Au Voltaire, on sencourage au café ou au
Chardonnay en réservant sa table pour le déjeuner.
La Ville de Paris fait donner en vitesse un dernier coup de balai.
Les Marchés Paul Bert et Serpette, intimement liés,
sont toujours déserts. Ils enlacent leurs allées
en face du Paul Bert, un des rares restos à avoir conservé
la malice un peu canaille des Puces. Les marchands ne sy
trompent pas, qui viennent un boire un coup ou y négocier
leurs plus belles pièces avec les clients intéressés.
Huit heures, louverture de certains Marchés. Quelques
brocs ensommeillés se dévouent pour ne pas être
les derniers. Le sombre Serpette, installé sur les ruines
de la première concession Citroën de France, snobe
un peu le populaire Paul Bert, qui compte 220 stands répartis
sur sept allées. Plutôt tendance, limite fashion,
tourné vers la décoration, on y trouve à
coup sûr lobjet rare, insolite, farfelu ou monumental
qui décorera le salon, un bar en zinc chez Déco
Bistrot, une horloge imposante chez Marc Maison, des antiquités
de jardin, tout pour le vin et la cuisine chez Bachelier.
Serpette, cest 130 exposants de grande qualité, le
marché le plus florissant, grâce à lexport.
Des marchands ultra spécialisés, très hauts
de gamme, qui ne proposent que des objets de qualité, souvent
à des prix très élevés, justifiés
par leur rareté ou leur qualité.
Neuf heures. Dans lenchevêtrement triangulaire inextricable
de ruelles sinueuses du Marché Vernaison, les marchands
se dépêchent de rejoindre leurs échoppes souvent
encombrées. Il faut sans cesse, à lintérieur,
se frayer un passage, les débarrasser et les ranger : faire
et défaire, cest toujours travailler. Le stock se
répand et sexpose sur les pavés de ces dix
allées biscornues qui se coupent et se croisent, se contredisent
et se tournent le dos. Vernaison a son quartier général,
Chez Louisette, pour la pause apéro et laccordéon
du soir, mais la dernière guinguette de Paris a un peu
sacrifié son âme à la renommée. Le
Marché est bordé par lavenue Michelet, saturée
de vendeurs de pulls, de baskets et de cuir flambant neuf. Cétait
déjà le cas à la fin du XIXe siècle
: les baraques en bois des chiffonniers partageaient avec les
forains et les guinguettes lespace laissé libre par
les maraîchers. On trouve de tout, à Vernaison. Cest
la brocante, le vide grenier, les boutiques hyper spécialisées,
paradis des collectionneurs, sadossent aux sympathiques
capharnaüms. Depuis trente ans, cest le foutoir chez
la jeune Madame Irma (stand 200, allée 9). Assise sur le
pas de sa porte, elle vend en papotant du linge ancien et de la
dentelle de collection : réfléchir donne mal à
la tête, affirme une pancarte qui saccroche où
elle peut. Lili et Daniel (stand 6, allée 1) font dans
la passementerie et les galons, on achète les perles multicolores
au gobelet, les rubans au mètre et tous les accessoires
de mode pour se parer de la tête aux pieds. En face, chez
Art & Cristal, il y a au plafond tout plein de lustres éblouissants,
sur le comptoir, des poires juteuses et des grappes de raisin.
Monsieur Hordé collectionne les tickets de train, de tram,
de bus et de métro, anciens et insolites, tandis que son
épouse vend des boîtes à sel et à allumettes,
des séries de pots et de boîtes en bois, des tables
à volets et des moulins à café muraux (stand
113, allée 6). De la verdure, une musique un peu zen :
un passionné de déco, aujourdhui émerveillé
par ses nouveaux candélabres, veut éveiller tous
les sens de ses clients, les éléments de jardin
et darchitecture sont mis en scène, éclairés,
subtilement associés, joliment installés. Cest
la caverne dHarry Potter, chez Ludovic Messager (stand 10,
allée 1). À mille lieues de là, on fait dans
les sciences et techniques, la curiosité scientifique et
les arts forains : un cercueil coudé construit pour enterrer
un homme assis surplombe une évocation sanglante de la
Bande à Bonnot, qui trouvait jadis sa place à côté
de la femme à barbe et du nain sans tête. Plus sérieusement,
Monsieur Richard, scientifique littéraire (stand 107 bis,
allée 3), expose un arithmomètre, la première
machine à calculer, inventée par Thomas de Colmar,
à comprendre les quatre opérations, un masque dOmbrédanne,
inhalateur déther de 1908, juste après le
coup de marteau sur la tête dans lhistoire de lanesthésie,
des tas de microscopes et dappareils photographiques. On
sort de Vernaison un peu groggy, les yeux et la tête remplis
dimages, pour entrer dans les Marchés couverts Dauphine
et Malassis, plus sages, de construction récente et pas
toujours heureuse : pour édifier Dauphine, son pratique
parking et son inlavable verrière, on a détruit
un dédale de petites rues aux cahutes délabrées.
Malassis est occupé sur deux niveaux par des galeries de
peinture, quelques brocanteurs et des antiquaires spécialisés.
Dauphine, qui a su devenir un haut lieu du Marché de lArt
tout en restant populaire, est célèbre pour son
Carré des Libraires, qui rassemble, au premier étage,
une vingtaine de bouquinistes, parmi les plus prestigieux de la
capitale, comme Alain Rodelet (stand 197), au catalogue impressionnant
dautographes, papiers anciens et gravures. Dans un autre
genre, Nuits de satin (stands 254 à 284), pour sencanailler,
au milieu des corsets, guêpières et culottes, des
bas, combinaisons et jupons, dans un siècle de mode et
de lingerie fine (attention au chien, il a peur des photos).
Dix heures. Dans la rue Jean-Henri Fabre, on avance difficilement,
on sert contre soi son sac, à cause des pickpockets quon
imagine assidus, pour se frayer un chemin entre les vendeurs de
pralines ou de marrons chauds et les joueurs de bonneteau qui
arnaquent les touristes grâce à un complice qui,
lui, gagne à tous les coups, mais il est bien le seul.
On se demande en passant qui va acheter ces deux mille étuis
à lunettes usagés, ces quatre cents téléphones
écartelés, qui ont dû, plus souvent que moi,
faire le 22 à Asnières, ou ce monceau de multiprises
? On fait une pause chez Book 1, la librairie éclectique
à des prix de braderie (58 rue Jean-Henri Fabre, 01.40.11.13.94),
avant de sévader par la rue Jules Vallès,
qui aligne surplus militaires et magasins de bédés
ou de vieux vinyls. On évite le Marché Malik, du
nom dun prince albanais qui aurait acheté un restaurant
pour le transformer en marché couvert. On shabillait
de pied en cap pour quelques pièces dans cette ancienne
halle des fripes, on sy débarrassait de ses fringues,
on pouvait même les échanger. Maintenant, cest
juste de la mode de jeunes, rutilantes baskets de qualité
souvent discutable, contrefaçons, marques de rapeurs quon
paye aussi cher quailleurs, avec dans les oreilles une musique
de dingue.
Onze heures. Alors que les touristes tôt levés, épuisés,
rêvent dun bain de pieds, les premiers apéros
salignent sur les comptoirs et devant les stands. On repasse
devant le Marché Paul Bert pour arriver, un peu plus loin,
au Marché Biron. Comme chez son voisin Cambo, au Marché
Biron, on nest pas toujours là pour rigoler : cest
un peu le gratin qui expose ici ses bronzes, ses lustres et ses
tableaux, encadrés de respectables bois dorés. On
trouve surtout de lEmpire et du Napoléon III, un
peu de Louis XIII et pas mal de Louis XV. Déambuler dans
les deux longues allées du Marché Biron, cest
se promener dans lHistoire, pour rêver, mais rarement
pour acheter, on sy sent un peu comme au Louvre ou à
Versailles, même si lallée de gauche est plus
populaire que celle de droite. Tiens ? Étonnant. De plus
en plus de boutiques, ici et ailleurs, sont dédiées
aux arts décoratifs du XXe siècle. Justement, à
quelques pas, rue Paul Bert, lArt Déco et lArt
Nouveau ont leur propre Marché, le Marché des Rosiers,
une douzaine de professionnels spécialisés dans
les Lalique, Daum et Gallé, dans les Dunand, Majorelle
et Mucha. Aux Puces, le kitch nest jamais bien loin du superbe,
comme lexotique de pacotille, en teck, en toc et en verre
teinté de chez Honoré (42 rue Paul Bert), les têtes
de sphinx en stuc plus ou moins oriental, ou limprobablement
africain de la rue Marceau.
Midi. Les marchands commencent à dresser un peu partout
le couvert pour casser la croûte, ils sapostrophent
et se charrient dans les allées, mais répondent
volontiers aux questions, la bouche pleine, le verre à
la main. Dautres confient le stand à un voisin, le
temps daller avaler un plat du jour au Ptit Landais
ou des moules frites à La Chope des Puces. Le flot des
visiteurs ne tarit pas. Les terrasses des restos sont bondées.
Laprès-midi sécoule paisiblement. Les
visiteurs se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Vers dix-huit
heures, les Puces ferment leurs portes. Jusquà demain,
jusquà la semaine prochaine, il en sera probablement
ainsi jusquà la nuit des temps.
© Pierre-Brice LEBRUN
& Gazoline
Un peu d'histoire ...
Les Puces se développent progressivement à cause
de lépidémie de choléra de 1832 qui
conduit les autorités à interdire les marchés
dans la capitale. On confond souvent, cest une erreur, Les
Puces avec la fameuse Cour des Miracles qui, délaissée
en 1656, sétendait approximativement au cur
du deuxième arrondissement, entre les rues du Caire, des
Petits Carreaux, de Saint Denis et de Saint-Sauveur. Le nouvel
urbanisme de Paris, imposé entre 1853 et 1870 par le Baron
Haussmann, oblige les chiffonniers à sexiler en banlieue.
Ils trouvent refuge dans les champs qui bordent les remparts,
sur la route qui mène à Saint-Ouen. Au-delà
des " fortifs ", voulues par Louis-Philippe en 1841,
édifiées sur le futur tracé du périphérique,
une enceinte de 40 kilomètres percée de 52 portes
fermées le soir, il nexiste aucune taxe, cest
déjà une zone franche. Les Puces simposent
définitivement comme un marché réputé
après la Commune et le retour de la République.
Les soldats chargés de la garde de Paris sont, avant les
touristes japonais, des clients réguliers. Ils veulent,
à bon marché, améliorer leur quotidien et
leur équipement. Ils descendent de Montmartre pour vendre
des bouts duniforme, voir des armes, et gagner quelques
sous : il nest pas facile de vivre dans ce gai Paris, frivole
et joyeux, avec une maigre solde ! La poubelle ne sera inventée
par le Préfet éponyme quen 1884 : les chiffonniers
font alors, la nuit, le travail des éboueurs. Ils récupèrent
et ramènent leurs trouvailles aux pieds des remparts, qui
seront détruits en 1920, juste au moment où Romain
Vernaison construit, sur son vaste terrain de 9000 m2, des petites
cabanes quil loue aux brocanteurs : cest la naissance
du premier marché officiel et sédentaire.
Trésors de Perse
Au fond de la galerie, la commode débène attire
le regard : le travail est admirable, en incrustations de nacre
entourées de fil dargent. La Perse, aujourdhui,
cest lIran, mais son influence a jadis envahi la Méditerranée,
comme en témoignent ces chaises arabo-andalouses aux formes
sophistiquées, ces élégants fauteuils florentins,
ou ces chaises vénitiennes, très inspirées
par les ébénistes de la Syrie Ottomane : sur leur
dossier, deux profils en ivoire et cuivre font aussitôt
penser aux Doges de la Sérénissime. Les couleurs,
lodeur, il faut fermer les yeux pour passer un instant dans
les souks de Damas ou dAmman, au milieu des kilims de soie
tissée et des tapis noués, des châles en cachemire,
des petits coffres et boîtes en argent, avec, tout à
côté, de magnifiques moucharabieh du XIXe, finement
ouvragés. Il ne manque que le thé, qui arrive justement.
Marché Malassis, stand
41, RDC, 01.40.11.10.30
Les verres de nos grand-mères
Verre à dents ou à vodka, Louis XV ou Baccarat,
verres à vin teinté ou coloré, avec ou sans
carafe, flûtes et coupes en cristal de Sèvres ou
de Vannes, verre venu de Lorraine ou de Venise, verre Empire et
verre limé, service entier Napoléon III ou esseulé
bavarois dépareillé, vert coquin ou à copains,
à liqueur ou exclusivement féminin, verre à
thé : Stéphanie Collier est la Colombo du verre
brisé. Ce qui nest pas en boutique est en mémoire.
Il vous manque un verre, vous en cherchez un, celui-là,
pas un autre ? Je vous le dis : elle vous le trouvera.
Marché Biron, stand 3,
01.40.12.72.19
Les petites autos de Daniel Tuffery
Vingt-cinq ans quil est là, au milieu de ses jouets,
avec la barbe en pagaille. Il range ses petites voitures par couleur,
parce que ça lui plaît de faire comme ça.
Le sculpteur Arman lui en a acheté 250, des vertes, pour
les transformer un embouteillage écologique. Son il
sallume quand, au milieu des trains Märklin et des
garages, il sort de sa vitrine une Panhard en bois sculpté,
particulièrement bien proportionnée, immatriculée
dans les Ardennes, avec, il nen revient pas, une direction
à crémaillère qui fonctionne pour de vrai
!
Marché Jules Vallès,
stand 102, 01.47.00.93.26
Présents passés
Isabelle Maleval sauve les vieux outils dune mort certaine,
pour que survive notre patrimoine. Des Compagnons viennent se
fournir chez elle, pour perpétuer la tradition en travaillant
comme avant, parce que, depuis, on na pas inventé
beaucoup mieux. Elle ne sait pas les utiliser, mais elle sait
les raconter, parce quelle passe des heures à leur
parler, à ses vieux outils, mais surtout à les écouter.
Marché Dauphine, RDC,
stand 23, 01.40.12.87.36 : consultez
son site Internet
Carnet pratique & Bonnes adresses
pour bien manger
Le Marché aux Puces de Saint-Ouen est ouvert toute lannée
le samedi, le dimanche et le lundi, de 10 heure à 18 heure,
certains Marchés ouvrent dès 9 heure
Métro : Porte de Clignancourt (ligne 4) ou Garibaldi (ligne
13)
En voiture ou en bus (le PC) : Porte de Clignancourt ou Porte
Montmartre
L'ADPPSO (association des puces) développe
un site Internet intéressant pour avoir en ligne toutes
les infos et certains Marchés (voir ci-dessous) ont leur
propre site.
L'ADPPSO met également au service de ses visteurs un numéro
d'appel pour tous resneignements : 0 892 705 765
Les Puces :
c'est grand comment ?
Espace daccueil et dinformation : Office
de Tourisme de Saint-Ouen
7, impasse Saint-Simon
à lentrée du Marché Paul Bert, au niveau
du 140, rue des Rosiers
01.58.61.22.90
Marché
Vernaison 99 rue des Rosiers, entrée également
par lavenue Michelet
Marché
Malik 53 rue Jules Vallès, à langle de
la rue Jean-Henri Fabre, 01.40.11.93.84.
Marché
Jules Vallès 7, rue Jules Vallès, 01.40.11.54.41.
Marché Vallès Lécuyer dit Le
Passage 27 rue Lécuyer, 01.40.11.15.53.
Marché
Paul Bert 18 rue Paul Bert, 96 rue des Rosiers, 01.40.11.54.14.
Marché
Cambo 75 rue des Rosiers, 01.40.11.17.54.
Marché
Serpette 96 Rue des Rosiers, 01.40.11.54.14.
Marché
Malassis 142 rue des Rosiers, 01.49.45.17.38.
Marché
Antica 95 rue des Rosiers
Marché
Biron 85 rue des Rosiers, 01.40.11.59.69.
Marché
des Rosiers 3 rue Paul Bert
LUsine
(rue Dain) est réservée aux professionnels patentés
Lentrepôt
80 rue des Rosiers
Marché
Dauphine 140 & 134 rue des Rosiers, 01.40.12.14.68.
Où bien manger ?
Le Ptit Landais
Sur le trottoir ou dans la petite salle bondée, valsent
les terrines, les ufs mayo et les rillettes, suivis de boudins
noirs et de tendres bavettes, heureux de sallonger aux côtés
de la purée maison de savoureuses Charlottes écrasées
et touillées avec amour. On mange fort bien, en vitesse,
dans lesprit bistrot de Paris, entre marchands, commissionnaires
et touristes
de 15 € à 20 €
par personne, verre de vin compris
138 & 140 rue des Rosiers, 01.49.45.11.55
Le Paul Bert
Des salades débordantes qui, sûres delles,
défient lestomac dun air goguenard, précèdent
ou accompagnent une roborative gastronomie populaire de bistrot,
poitrine de veau, petit salé et tripes, servie sur des
nappes à carreaux par un serveur débordé
et expéditif
de 15 € à 20 €
par personne, verre de vin compris
20 rue Paul Bert, 01.40.11.90.28
La Chope des Puces
De la star au quidam, depuis soixante ans, on se rue chez Madame
Jeanne et son fils Jacky, pour écouter, autour dun
demi, dune moule frites, dune entrecôte planche
ou dun plateau de 421, les concerts de Jazz manouche. Deux
chaises dans un coin, deux guitares, cest la bande à
Django qui met lambiance le samedi et le dimanche de 14
heure à 19 heure. On est un peu serré, ça
tourne de midi à 15 heure 30, mais ça reste intime,
familial
de 15 € à 25 €
par personne
pendant le concert, au bar, le prix des consommations double
122 rue des Rosiers, 01.40.11.02.49
Le Picolo
Petit bistrot et restauration rapide au cur des Puces
58 rue Jules Vallès, 01.40.11.11.19
Chez Louisette
On va y boire un verre pour lambiance, la musique, laccordéon
et la chanteuse, sortie tout droit de La Chance aux Chansons,
on reste pour le total dépaysement, mais on évite
dy manger, sauf si on est un touriste japonais
dans le Marché Vernaison,
136 avenue Michelet, 01.40.12.10.14
j'ai aussi écrit pour 30 Millions
d'Amis
un article sur Les Puces
Les chiens des Puces de Madame Max
retrouvez
mes autres articles dans 30 Millions d'Amis
Cest son anniversaire, aujourdhui,
Madame Max a invité tous ses copains et ses copines, ses
frères, ses surs et ses enfants, elle a passé
en douce tous ses coups de fil, pour lui faire une surprise. Ils
sont venus, ils sont tous là, ils ont annulé sans
hésiter leurs rendez-vous. Il y a Samantha, la sorcière
rigolote qui tortille du museau quand elle est fâchée,
Jujube, Ursula, Olympe, Sidonie, Ivoirine et Greg, le futur mari
de Samantha, qui ne raterait pour rien au monde une occasion de
rencontrer son amoureuse, mais aussi tous les autres, ses potes,
ses voisins et ses collègues. Ils ont mis leur plus beau
collier, et les voilà qui déboulent lun après
lautre dans les allées du Marché Jules Vallès,
où Madame Max est antiquaire. Elle est connue comme le
loup blanc, Madame Max, aux Puces de Paris Saint-Ouen, avec sa
meute de bouledogues français qui la suit partout. Ils
passent leurs journées dans sa boutique, vautrés
sur leurs coussins, installés comme des bibelots de luxe
entre les vases ou les horloges, cachés sous la commode
Napoléon III, admiratifs devant les glaces et les miroirs
biseautés très Art Déco. Comme ils sont taquins,
il faut vérifier au fond des tiroirs, avant dacheter
et demmener, sils ne sy sont pas caché.
Madame Max, on a un peu oublié son nom, son prénom,
le nom de son magasin, cest Madame Max parce que Max est
son chien préféré, son bouledogue français
de six ans, le chef de la troupe, le papa dUrsula, le mari
de Samantha, le tonton de Jujube : Madame Max et ses chiens, cest
une vraie famille.
Ce nest pas elle qui a décidé dadopter
un bouledogue français, cest le contraire. Un petit
chien bougon sest mis un jour à la suivre dans la
rue, il na pas voulu la lâcher. Madame Max se remettait
difficilement dun grave accident de voiture, elle souffrait
beaucoup et ne se déplaçait quavec des béquilles
: ce nétait pas le moment de ramener un chien à
la maison ! Elle a appelé les gendarmes et la société
centrale canine : son tatouage correspondait à celui dun
berger allemand. Elle a fait mettre des annonces, elle a téléphoné
à tous les vétérinaires des environs : personne
ne connaissait ce chien. La SPA, débordée, lui a
expliqué quà son âge, on ne lui trouverait
plus de maître : cest un vieux chien, un très
vieux chien
Madame Max sest résolue à
le garder, bien obligée. Elle la appelé Yoggi.
Sa convalescence a duré dix mois. Il ne la pas quittée
dun coussinet. Il la veillée jour et nuit,
sans dormir, attentif, constamment aux aguets. Elle était
cassée en mille morceaux, mais il la faisait rire, accumulant
les gags et les bêtises. Il sapprochait doucement
quand elle avait mal, surveillait les allées et venues,
montrait les dents aux inconnus, vérifiait que les soins
étaient bien faits et noubliait jamais lheure
des médicaments : ouaf ! ouaf ! Il ne tolérait pas
le moindre bruit et mettait tout le monde au pas. Il la regardait
tout le temps avec tendresse : plusieurs fois, elle la même
vu sourire, ou cligner de lil, pour lencourager.
Quand elle a été enfin guérie, presque le
jour même, Yoggi sest éteint paisiblement,
dans le canapé, pendant sa sieste. Il est parti heureux
et fier davoir accompli son devoir, en apportant à
celle qui lui avait sauvé la vie tout lamour et le
dévouement dont ses anciens maîtres sétaient
privés en labandonnant. Le mari de Madame Max lui
a tout de suite ramené Max, puis elle a récupéré
Jujube, trouvée un matin sur le seuil, attachée
à la poignée de la porte, avec un petit mot : avec
vous, je sais quelle sera bien.
On est content de se revoir, on se sent, on se renifle, on se
poursuit joyeusement dans les allées du Marché Jules
Vallès, les chineurs nen croient pas leurs yeux,
de découvrir ici une telle colo, qui gambade entre les
bahuts, les buffets et les fauteuils, qui se course au milieu
des luminaires et des jouets anciens de Daniel, le voisin : salut,
toi ! salut les copains ! Ursula ! comment tu vas ?
- Mais, et Max ? où est Max ?
- Papa ? cest vrai, ça : il est où ?
- Mon frère nest pas là ? tu nas pas
vu Max ?
- Max ? cest pas vrai ! il nest pas venu ? mais, cest
son anniversaire !
Madame Max confirme aux chiens stupéfaits que Max est puni
: il est resté à la maison. Les chiens sont très
déçus : ils se faisaient une joie de fêter
ensemble lanniversaire de Max : mais, quest ce quil
a fait, Max, Madame ?
Chez Madame Max, qui habite à la campagne, vivent aussi
le chat Miou-miou et la poule Christiane, qui picore les croquettes
du chat dans sa gamelle. Elle le suit partout et sinstalle
même à ses côtés pour faire la sieste.
Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie, sauf que, hier,
Max a invité, pour jouer à la maison, son copain
Marquis le Yorkshire, qui sest mis à courser la poule
dans tout le jardin. La pauvre Christiane nen pouvait plus,
quand Alison, la fille de Madame Max, est intervenue. Max était
mort de rire. Il a été puni pour ne pas avoir aidé
Christiane. Les chiens sont daccord : cest normal,
cest mérité, cest bien dommage.
Ils limaginent tout seul chez lui, tandis queux, ici,
se retrouvent avec tant de plaisir et de joie, mais ils ne sinquiètent
pas pour lui : Max nest pas du genre à se laisser
aller, il a déjà fait le mur, ou il regarde la télé,
30 Millions dAmis, les 101 dalmatiens, Lassie, dont il est
depuis toujours éperdument amoureux, ou les aventures de
Rintintin, son idole, vautré dans le canapé, la
gamelle à portée de la truffe, la baballe ou le
nonos sous loreiller. Madame Max regrette sa sévérité
devant la déception des chiens dépités.
- Bon, les chiens ! on arrête de déprimer et on va
boire un verre, je vous invite !
- Youpee ! moi, je prends un chocolat ! un Coca, pour moi !
Les voilà tous attablés au Café La Péricole,
rue du plaisir, à se raconter des souvenirs et des histoires
drôles. On ne loubliera pas de sitôt, lanniversaire
de Max : il nétait pas là, le pauvre, mais
quest ce quon a bien rigolé !
Le samedi, le dimanche et le
lundi, le plus grand Marché aux Puces du Monde sétend
aux portes de Paris : 11 kilomètres de vitrines sur 7 hectares,
14 Marchés indépendants animés par 2500 marchands
qui accueillent chaque week-end à Saint-Ouen près
de 200.000 visiteurs, plus que la Tour Eiffel !
Saint-Ouen était encore un petit village à la campagne
quand Les Puces sont venues sy installer en 1832 : les autorités
interdisaient les marchés dans la capitale, à cause
de lépidémie de choléra. Entre 1853
et 1870, le Baron Haussmann redessine Paris, il oblige les chiffonniers
à sexiler en banlieue : ils trouvent refuge dans
les champs qui longent les remparts, les Puces deviennent alors
un marché réputé. La poubelle ne sera inventée,
par le Préfet qui lui a donné son nom, quen
1884 : ce sont alors les chiffonniers qui, la nuit, font le travail
des éboueurs. Ils récupèrent et ramènent
leurs trouvailles aux pieds des fortifications. En 1920, Romain
Vernaison construit des cabanes quil loue aux brocanteurs
: cest la naissance du premier marché officiel des
Puces de Paris Saint-Ouen qui porte encore le nom de son créateur.
Madame Max est installée au Marché Jules Vallès
: le mur qui lui sert denseigne monumentale a été
fraîchement repeint, en hommage à Frédéric,
le premier porteur des Puces à posséder son propre
chariot. Comme jadis les forts des Halles, ils sont plusieurs
à se louer aux marchands pour transporter, à travers
la foule, les meubles et les colis. Les amis de Frédéric
se sont cotisés pour marquer Les Puces de son effigie souriante.
Le Marché aux Puces de Paris Saint-Ouen est ouvert toute
lannée le samedi, le dimanche et le lundi, de 10
h à 18 h. On y accède en métro, par la Porte
de Clignancourt (ligne 4) ou Garibaldi (ligne 13), en voiture
ou en bus (le PC), par la Porte de Clignancourt ou la Porte Montmartre,
toutes les infos sont à lEspace daccueil et
dinformation de lOffice de Tourisme de Saint-Ouen
(à lentrée du Marché Paul Bert), 01.58.61.22.90,
ou directement au Marché Jules Vallès, 01.40.11.54.41,
la boutique de Madame Max sappelle Arts et Antiquités
dAlison (06.23.94.59.59).
paru dans 30 Millions
d'Amis n° 208 de juin 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & 30 Millions d'Amis
(photos Alen Meaulle)