l'article paru dans le Gazoline 102 de juin 2004
est en bas de page
Canicule, vous avez dit canicule
? Non, désolé, pas vu : pour vous, je visitais la
Finlande, dabord Helsinki, la capitale, puis le Nord, patrie
des ours, des rennes et des lacs. On compte 188.000 lacs et cours
deau dans le pays, grand comme les 2/3 de la France, recouvert
à 68 % de forêts et 10 % deau : du coup, les
5 millions dhabitants ne se bousculent pas. Prenez par exemple
le département de Kuusamo, en haut à droite, il
a la même taille que la Belgique : on ne peut y croiser,
et encore, avec un peu de chance, que 18.000 habitants, 18.000
rennes en liberté et un millier dours. La Finlande
a fait partie du Royaume de Suède jusquen 1809 (comme
la Norvège, dailleurs, indépendante depuis
1905, qui a été dabord une province danoise
de 1375 à 1814). Elle est, pendant un peu plus dun
siècle, un Grand-Duché rattaché à
lEmpire Russe avant de devenir une République en
1917. Helsinki, sa capitale, est une mégapole scandinave,
cest-à-dire à taille humaine, comme Stockholm
ou Copenhague, raisonnable, sans buildings, entièrement
tournée vers la mer. Sur la place du Marché, Kauppatori,
face à lHôtel de Ville, viennent se garer dimposants
paquebots, et le Bulevardi, artère principale, très
commerciale, débouche sur des chantiers navals, installés
aux abords dune zone résidentielle de standing. La
visite dHelsinki commence forcément à Kauppatori,
où bat le cur de la ville, que lon rejoint
en tram ou à pieds, en descendant lEsplanadi, léquivalent
des Champs-Élysées (dont les trottoirs chauffent
en hiver pour se déneiger automatiquement !), sur lequel
sinstalle, en décembre, lincontournable Tuomaan
Markkinat, le Marché de Noël.
Pendant lété, sous le kiosque à musique,
il y a des concerts que lon écoute à lombre
des arbres ou à la terrasse dun café.
À côté de Kauppatori, il faut visiter le vieux
marché couvert : chez Nätti, on trouve le meilleur
saumon, frais, fumé ou mariné, mais aussi des écrevisses,
des lamproies cuites au beurre, des corregons (ce sont des petits
poissons que je nai pas pu identifier), de plantureux sandwiches
ou des Lihis, beignets de viande cuits à lhuile dolive,
le tout à moins de 3 euros. Les Finlandais préfèrent
le Hakaniementori (métro Hakaniemi), ouvert tous les jours
jusquà 18 heure. Sur le port, des pêcheurs
assis dans leur bateau vendent des harengs de la baltique fumés
et aromatisés (1 euro), que lon dépiaute en
continuant la balade (les meilleurs sont juste au coin, sous le
parasol Veuve Clicquot).
Depuis 109 ans, au centre de Kauppatori, sinstalle la tente
de Snellman, un pâtissier qui sert aussi des boissons chaudes
(5 euros pour un café et un bon gâteau). Tous les
chefs détat qui visitent le pays y sont traditionnellement
accueillis. Il y a dexcellentes pâtisseries à
Helsinki, un peu viennoises, feutrées, comme Ekberg
(depuis 1852 au 9 du Bulevardi), ou le Café Fazer, une
institution depuis 1891, célèbre pour son chocolat
(sur Kluuvikatu, une des rues piétonnes du centre). La
boisson préférée des Finlandais reste quand
même la bière : ils en boivent des litres et des
litres, le top, cest bière cognac ou bière
vodka, surtout de la Lapin Kulta, la plus répandue, une
blonde plutôt légère. On a un bel aperçu
dHelsinki en empruntant la ligne de tram 3T, qui dessine
à travers la ville une boucle, ou plutôt un immense
huit : on achète un ticket valable un, trois ou cinq jours
(aussi dans les bus et le métro, une seule ligne de 17
kilomètres), ou, encore mieux, la Helsinki
Card, qui offre en plus réductions ou gratuité
dans les Musées. On peut enfin emprunter un vélo,
contre une caution de 2 euros, ou en louer un : huit cents kilomètres
de pistes cyclables sillonnent la ville. On quitte Kauppatori,
rassasié et réchauffé, par une des petites
rues étroites qui rejoignent la Cathédrale, monument
emblématique de la ville, composé dun ensemble
de quatre bâtiments, dont les Finlandais sont très
fiers, qui symbolisent et rassemblent autour dune même
place le pouvoir, la justice, le savoir et la foi. On passe devant
la galerie Kiseleffin Talo, qui propose aux touristes un artisanat
acceptable. Il y a des tas de choses à visiter à
Helsinki, jai été pour ma part très
impressionné par une église taillée dans
la roche, la Temppeliaukion kirkko, dans le quartier Töölö
(tout près du réputé et savoureux restaurant
Élite, que je vous recommande). Sur les rues piétonnes
sont installés les grands magasins, Sokos, et surtout Stockmann,
les galeries Lafayette du coin. Cette ville dense et effervescente
tient en fait dans un mouchoir de poche ! On ne peut pas résumer
la Finlande à sa capitale : il faut, pour mieux la savourer,
séloigner vers le nord. Moi, jai choisi Kuusamo,
pour voir les ours, et jen ai vu, jen ai même
mangé, mais ne le dites pas à 30 Millions dAmis,
pour qui jétais en mission ! Dans Gazoline, je vous
emmène à Kuusamo en mai, et, dans un an ou deux,
on retourne à Helsinki, promis, pour le Marché de
Noël, pour la voir sous la neige et la glace (même
la mer gèle, alors, on fait des trous pour y pêcher).
Jai encore des tas de choses à vous raconter, des
restos à vous conseiller, des bistrots branchés,
la forteresse de Suomelinna
à vous faire visiter, le festival de jazz, les trois cent
quinze îles de larchipel
Bonnes Routes ! Hyvää
matkaa !
prévu pour le
GAZOLINE de décembre 2003
© Pierre-Brice LEBRUN
On a décollé dHelsinki
Vantaa depuis à peine une heure, et nous voici déjà
à Kuusamo, en haut à droite de la Finlande, au milieu
de nulle part. Le seul intérêt du bourg, composé
de deux rues qui se croisent en angle droit avant de disparaître
dans les bois ? un lycée, un hôpital, un aéroport,
quelques administrations et une dizaine de supermarchés,
où toute la région vient se ravitailler. Cest
Nothing Gulch ! Un peu plus au Nord, à 80 km du cercle
polaire et 120 de la frontière russe, la station de sports
dhiver de Ruka,
450 km de pistes de ski de fond, 18 télésièges
pour 28 pistes de ski alpin (qui font seulement 20 km), dont 22
sont éclairées : le jour ne fait que quelques heures
en plein cur de lhiver, les températures peuvent
descendre jusquà moins trente-cinq degrés.
Pour qui aime la nature et les grands espaces, la région
de Kuusamo
est un paradis, en hiver ou en été, avec limmense
Parc
National dOulanka. On peut y camper, y canoer ou y randonner
(balades de 1 à 80 km avec pauses et bivouacs), à
condition de respecter la nature et de faire attention aux ours
(des grizzlis) et aux rennes, mais aussi aux loups, aux élans
et aux lynx. La population dours bruns est estimée
en Finlande à deux mille individus qui passent et repassent
sans encombre les frontières. Les accidents sont rares
: un jogger imprudent, inattentif, un chasseur maladroit qui ne
fait que blesser sa proie ... Un garde forestier récupère
les oursons dont les parents ont été tués,
il les a élevés au biberon, baladés en voiture,
installés dans le canapé, quatre bébés
sont nés en captivité. Il fait visiter son petit
zoo, à trente kilomètres au sud de Kuusamo (de 3
à 5 euros la visite guidée
en finnois). La
chasse à lours est ouverte pendant deux mois, on
ne peut en abattre que cent dans la région de Kuusamo.
La licence coûte une fortune. On le mange surtout en ragoût,
excellent mais cher. Les chasseurs clandestins sont traqués
par la police. Lorsquils sont arrêtés avec
de la viande, celle-ci est vendue aux enchères. On mange
aussi du renne, beaucoup de renne, frais ou fumé, en ragoût
(de 15 à 20 euros : manger coûte cher, en Finlande),
terrine ou saucisson, dans la soupe et tous les sandwiches. On
croise régulièrement des rennes sur le bord des
routes. Il nexiste plus en Scandinavie de renne sauvage,
tous appartiennent à un propriétaire, qui les laisse
déambuler librement durant les quatre mois de la belle
saison, parce que la nourriture de base des rennes se compose,
paraît-il, de 350 plantes différentes. À lautomne,
les éleveurs partent à la recherche de leur troupeau,
disséminé en petits groupes. On assimile les rennes
aux chevreuils, cest une erreur, ils sont en Finlande plus
proches des vaches. Les principaux éleveurs sont des lapons
sédentarisés, qui nenfilent leur costume coloré
que pour faire plaisir aux touristes. Ils élèvent
les rennes pour leur viande et leur fourrure, ou par tradition
: un petit troupeau de quelques bêtes au fond du jardin.
Le lapon croit même quil sera réincarné
en renne après sa mort sil a été brave.
On peut aussi pêcher forcément, et là, cest
le Canada de Fenimore Cooper ! Bon, sur ce, un petit sauna et
au lit. Bonnes routes à vous, faites gaffe aux ours, aux
rennes et au Père Noël, qui habite pour de vrai, comme
chacun sait, à Rovaniemi, en Laponie ! Bonnes routes !
Hyvää matkaa !
prévu pour
le GAZOLINE 102 de juin 2004
© Pierre-Brice LEBRUN
Plus dinfos sur le site de lOffice
National du Tourisme de Finlande à Paris, 01.55.17.42.70
(32 rue Tronchet, dans le neuvième, appelez de ma part)
Pour organiser un
séjour sportif à Ruka, sur la glace ou sous
le soleil dété, à pieds, en canoë
ou en motoneige, je
vous recommande le Ruka Palvelu.
Quelques tour opérateur sont plus spécialisés
: Bennett, Scanditours
(du groupe Kuoni), Nordvista, Nord Espaces, et mon préféré
de toujours : Voyageurs
du Monde
Retrouvez ma
sélection d'agences de voyage en France en Belgique
et en Suisse !
Info spéciale lecteurs de Gazoline : il y a trois Musées
consacrés à l'Automobile en Finlande, tous ont un
site Internet qui permet de plus ou moins les visiter :
l'Automuseo
de Vehoniemi est tout à côté de Tampere,
la seconde ville du pays (accessible en 45 minutes d'avion ou
deux heures de train pendulaire)
l'Helsingin
Automuseo est en plein centre de la capitale, à quelques
dizaines de mètres de la mer et des chantiers navals
l'Espoon
Automuseo est en banlieue, pas loin de l'aéroport international
d'Helsinki Vantaa
Pour se déplacer, manger et se loger ...
le réseau
de bus nationaux Expressbus est très dense au départ
d'Helsinki avec des tarifs souvent intéressants
On a décollé dHelsinki
Vantaa depuis à peine une heure, nous voici déjà
à Kuusamo, petite préfecture paumée au Nord
de la Finlande, entre le cercle polaire, la frontière russe
et la maison du Père Noël. Devant laéroport,
trois rennes broutent paisiblement en contemplant sans un mot
le MD 83 de la Finnair qui assure la liaison avec la capitale.
Jai tellement aimé la Finlande que jy retourne,
avec sous le bras les romans dArto Paasilina : où
mieux les déguster quau Zone Café de Ruka,
avec une bière et une Koskenkorva, cette vodka finlandaise
fruitée, goûteuse mais redoutable, mi-seigle, mi-orge
? Elle surprend autant par ses arômes que par ses effets
secondaires. Les Finlandais en boivent beaucoup, cest la
boisson nationale, qui nest pas exportée : la production
permet à peine dépancher la soif de la population,
qui a de gros besoins. Pour la bière, je vous conseille
lemblématique Lapin Kulta, la plus répandue,
une blonde plutôt légère, vendue directement
en canette de 50 centilitres, pour ne pas perdre de temps : elle
est à la Finlande ce que la Jup est à la Belgique
(on en reparle en juin). Le top, cest bière cognac
ou bière vodka.
À Ruka, je marche des heures dans la montagne, jai
le choix des itinéraires, mais il faut faire attention
aux ours (des grizzlis de trois cents kilos) et aux rennes (maman
renne est redoutable quand elle protège son petit renne),
mais aussi aux loups, aux élans et aux lynx. Sinon, cest
calme. Je déjeune au Piste Restaurant, pour ses excellents
menus (de 20 à 30 €), et son buffet de soupes le midi
(à volonté pour 8 €). Je me damnerais pour
un bol de soupe au renne fumé ! Je loge dans un hôtel
confortable, avec une vue imprenable sur la vallée, la
montagne et les lacs : le Rantasipi (80 € la nuit hors saison,
mais il y a un sauna, et chaque chambre a son balcon, quant au
petit-déjeuner
ah, le petit-déjeuner : du
renne, du renne et du renne, mais aussi de la confiture de sapin).
Jai aussi aimé le Sokos Kuusamo de Kuusamo même
si de Kuusamo on a vite fait le tour ! Il y a aussi, évidemment,
des auberges de jeunesse (la centrale de réservation mondiale
est sur pierre-brice.com). Le soir, je mattable au Riipisen
Riistaravintola (ravintola veut dire restaurant), un petit chalet
au pied des pistes, célèbre pour son ragoût
dours (35 € lassiette), ou de renne (de 15 à
20 € : manger coûte cher, en Finlande). On trouve partout
du renne, frais ou fumé, en terrine, en ragoût ou
en saucisson, dans les pâtes, dans les sandwiches et les
salades, dans les omelettes et les hamburgers.
On ne peut pas venir à Ruka ou à Kuusamo sans aller
se balader, se perdre et sémerveiller dans la réserve
naturelle dOulanka : sur la neige ou sous le soleil, à
pieds, en canoë, en motoneige ou en raquettes, cest
le Canada de Fenimore Cooper, avec ses lacs, ses rivières
et ses grands espaces, ses forêts sans fin, discrètement
habitées par le dernier des Lapons ! On peut aussi y pêcher
: dans la rivière Oulanka, les truites et les saumons déambulent
par familles entières. Pour vous organiser tout ça,
je vous recommande sans hésiter de solliciter le Ruka Palvelu
(de ma part). Sur le chemin du retour, une escale à Helsinki
simpose : un petit tour sur Kauppatori, la place du Marché
(un hareng fumé et aromatisé, un café et
un bon gâteau), sur le Bulevardi (pour la pâtisserie
Ekberg) et sur lEsplanadi, où sinstalle, en
décembre, lincontournable Tuomaan Markkinat, le Marché
de Noël (pendant lété, sous le kiosque
à musique, il y a des concerts que lon écoute
à lombre des arbres ou à la terrasse dun
café). Il y en a des tas de choses à visiter à
Helsinki ! Jai été pour ma part très
impressionné par une église taillée dans
la roche, la Temppeliaukion kirkko, dans le quartier Töölö
(tout près du réputé et savoureux restaurant
Élite, que je vous recommande).
Attablé au Café Fazer, javale en vitesse mon
chocolat pour ne pas rater lavion, je me rends compte que
jai encore plein de choses à vous raconter, des restos
à vous conseiller, des bistrots branchés à
écumer, la forteresse de Suomelinna à vous faire
visiter, les trois cent quinze îles de larchipel
On va revenir, daccord ? en décembre, puis en juillet,
pour le festival de jazz ! Bonnes Routes ! Hyvää matkaa
!
Arto Paasilina est le plus farfelu
et le plus tendre des écrivains finlandais.
Il embarque le lecteur dans ses délires et ses divagations
avec son écriture aiguisée, facile à lire,
dépouillée de tout artifice inutile. Il plonge les
personnages de ses romans dans des situations souvent absurdes,
parfois surréalistes, mais toujours originales et vraiment
marrantes, émouvantes ou attendrissantes. Des gens normaux,
ou presque, voient soudain leur vie basculer, dautres se
mettent à assumer leur folie, ou font détonnantes
rencontres : Vatanen sattache à un lièvre
quil a failli écraser, son quotidien na soudain
plus de sens, juste compte ce lièvre quil emmène
partout avec lui, Seppo Sorjonen promène en taxi à
travers tout le pays un géomètre amnésique
porté sur la bouteille, des bûcherons et des sages-femmes
se retrouvent perdus, ensemble, sur une île déserte
du Pacifique
Arto Paasilina trouve le petit grain qui va
gripper la machine, remettre en question lordre établi
: rassurez-vous, cest toujours le gentil, le fou, qui, à
la fin, a raison dêtre allumé, le meunier hurlant
assume ses hurlements et la douce empoisonneuse profite pleinement
de sa sérénité retrouvée, malgré
lhécatombe quelle a provoqué. Rafraîchissant
et décalé à lextrême Arto Paasilina
se déguste avec une Koskenkorva bien frappée, comme
lui. Tous ses romans parus en français sont sur pierre-brice.com
: le dernier, "petits suicides entre amis" vient juste
de sortir !
paru
dans le GAZOLINE 102 de juin 2004 (le 20 mai 2004)
© Pierre-Brice LEBRUN & GAZOLINE