pierre-brice pédale dans la semoule
du couscous des cousins
Ce nest pas parce que la
rédaction de Gazoline se prépare à aller jouer
les tajines sur les routes marocaines, avec ses petits copains
aventuriers ensablés, que nous, qui restons à la maison
pour gérer le bateau en labsence des capitaines, on
va se laisser aller. Non, ne comptez pas sur nous pour déprimer
ou dépérir, pour tourner autour de la gamelle dun
air désespéré en attendant le retour du patron.
Non, tiens, jai même une bonne idée, qui déjà
me fait saliver. On ne peut pas les accompagner en vrai, daccord,
alors, on va les accompagner à table : au menu ? couscous
! pas nimporte quel couscous, vous pouvez me faire confiance,
seulement les meilleurs couscous de Paris, les plus fabuleux, rien
que ça : ils sont bien sûr marocains.
Je ne dis pas ça parce que les
anciennes vont faire rugir le tarmac et les caillasses des routes
chérifiennes, style, jaurai affirmé que
les meilleurs couscous sont algériens, si cest vers
Hassi Messaoud, quelles sétaient élancées,
ou tunisiens si leur objectif avait été Chenini. Non,
non, je le pense : la plus aboutie des gastronomies maghrébines,
la plus raffinée, cest la gastronomie marocaine, avec
ses épices insolites, son inventivité, sa créativité.
En plus, Abdullah, cest une cuisine de femmes, qui se transmet
de mère en filles : cest ce qui lui donne sa personnalité,
sa couleur, sa force et sa vitalité. Vive le couscous, vive
le Maroc, vive le couscous marocain !
Vous voulez sûrement que je vous dise, pour commencer, quel
est mon préféré, je vous connais bien, mais
la question mérite réflexion : entre mes deux préférés,
mon cur balance.
Je crois que jai quand même un petit faible pour le
discret Oum el Banine : le couscous y est absolument fabuleux,
comme les tajines, qui sont à se pâmer, à tomber
en extase. La semoule est fine, onctueuse, on se passerait des légumes
et de la viande pour mieux la savourer. Les recettes, évidemment
familiales, viennent de Fès. Les pâtisseries orientales
sont divines, et les pastillas, pigeon en entrée, à
la crème en dessert, valent à elles seules le voyage
(comptez environ 40 euros pour un repas). Enfin, pois chiche sur
la merguez, il y a le vin, un inoubliable Beni
Mtir de Meknès, qui accompagne royalement le
couscous.
Le Beni Mtir est à mon humble avis le meilleur vin
produit, on va faire simple, par le Monde arabe, loin devant les
Sidi Brahim et les Boulaouane, à peine taquiné, en
tête de peloton, par les excellents libanais de Ksara et Kefraya,
bientôt rattrapé, tout de même, par les vins
de Palestine, Crémisan et Latroun, élevés à
Bethléem, et par leurs cousins de Jordanie, que seul le Jourdain
sépare, Mont Nebo et Sainte-Catherine.
Cest quand même là que le vin est né,
avant que les Croisés ne le ramènent chez nous, aux
alentours de lan 1000, avec le sang de ses inventeurs séché
sur leurs épées, comme dailleurs lalcool
et lalambique : la distillation et la vinification ont été
imaginées par les arabes, il ne faut pas loublier.
Cest pour ça que les moines ont joué dans la
vie du vin, du champagne et de lalcool en général,
un rôle de première importance.
On ne trouve nulle part ces vins à Paris (si je me trompe,
pitié, dites-le
moi), même pas chez Lavinia, qui se targue un peu vite
de rassembler tous les vins du Monde, et qui, sorti de lItalie,
ne connaît que le Chili et la Californie : fuyez-la !
Du coup, je reviens de là-bas chaque année chargé
de bouteilles.
Bref, pour en revenir à nos couscous mouton, allons au Mansouria
de Fatema Hal, mon préféré en second,
qui a redonné, à Paris, ses lettres de noblesse au
couscous : ladresse est fréquentée par les stars,
elle sest pas mal embourgeoisée (je parle de ladresse),
on est loin aujourdhui des quelques tables des débuts.
Le couscous reste excellentissime, Fatema Hal fort sympathique et
très accueillante.
Si Oum el Banine, dont japprécie aussi le calme et
la sérénité, devait disparaître, le Mansouria
reprendrait tout de suite sa place au firmament de mon Panthéon
(comptez au moins de 30 à 50 euros par personne).
Fatema Hal a publié plusieurs livres sur le couscous, que
je vous conseille de lire : faire un bon couscous nest pas
compliqué, elle vous le démontre en photos (ce nest
pas pour faire mon malin, mais je propose une recette fastoche de
couscous dans mon bouquin sur la cannelle).
Jai également mangé un très, très
bon couscous, au El Mansour, pas
loin des Champs : lambiance est un peu trop élyséenne
pour moi, dommage que ce resto ne se soit pas délocalisé
à Barbès (mais Jean-Luc Petitrenaud adore, je ne peux
pas lutter).
Et puis, il y a Zyriab, le restaurant installé sur les toits
de lInstitut du Monde Arabe. Jadis acceptable, bien que déjà
très cher, il avait comme intérêt principal
de proposer une magnifique vue sur Paris. Les pâtisseries
étaient excellentes, les tajines plutôt bons, le service
à peu près irréprochable : pas de quoi quand
même en perdre son dromadaire (une fois pour toutes, il ny
a aucun chameau dans le Maghreb, juste des dromadaires, le chameau
a deux bosses, cha-meau, il habite lAsie Centrale). Pour Zyriab,
laissez tomber : il ny a vraiment plus que la vue depuis que
la direction a changé, vous pouvez toujours monter sur la
terrasse pour jeter un il, sans payer lentrée
à lInstitut si aucune de ses expos ne vous intéresse,
ce qui serait étonnant.
Deux adresses berbères pour terminer, que je conseille au
déjeuner, ou pour un dîner chaleureux entre copains
: lolive salée, pour
son couscous à lorge et
aux fèves, et chez Caoua,
pour ses spécialités kabyles.
Vive aussi et surtout la Kabylie !
Le couscous du resto, ce nest pas le couscous de tous les
jours, cest le couscous des fêtes et des mariages :
en semaine, on fait simple, semoule, jus et légumes, parfois
un peu de viande. Moi, mon couscous préféré,
à part celui de Téma, je le mange à la cuillère,
dans une assiette Arcopal, sur une table en Formica à la
Friterie Dorée, vers Strasbourg Saint-Denis, je bois
de leau servie à la carafe, je me promets, la prochaine
fois, de prendre les tripes, parce quelles sont très
bonnes, mais jen reviens toujours au couscous, jen reviendrai
toujours au couscous, on en revient toujours, tous, au couscous,
sur les routes cahoteuses du Maroc ou dans les rues de Paris.
Bonnes routes à tous, à ceux qui partent et à
ceux qui ne partent pas !
plus d'infos
Oum el Banine, 16 bis rue Dufrenoy (75016), 01.45.04.91.22, métro
Rue de la Pompe
Mansouria, 11 rue Faidherbe (75011), 01.43.71.00.16, métro
Faidherbe Chaligny
El Mansour, 7 rue de la Trémoille (75008), 01.47.23.88.18
Lolive salée, 130 rue Saint Maur (75011), 01.43.38.66.62
Chez Caoua, 11 rue de Chaligny (75012), 01.43.07.00.92