J'ai écumé la Corse au printemps pour vous aider
à ne pas vous limiter cet été aux paillotes
ignifugées, je vous ai déniché quelques adresses
plutôt sympas. Il n'est pas trop difficile de trouver en
Corse où manger et où dormir, mais il est moins
simple de ne pas tomber sur un hôtel ou un resto pour touristes
où vous aurez souvent l'impression d'être surtout
un porte-monnaie sur pattes qu'on servira quand on aura le temps.
Si vous êtes vraiment obligés d'aller à Ajaccio,
ville cauchemardesque que les autochtones ont renoncé à
entretenir, n'y perdez pas votre temps. Quelques bonnes adresses
quand même,le Floride, pour les poissons, un peu surfait
mais pas mauvais, qui se la joue trois étoiles et qui apparaît
dans tous les guides, L'Osteria, honnête petit resto de
centre-ville, service continu sept jours sur sept, qui fait aussi
épicerie, et l'Idéal Bar, à côté
de la mairie, pour un apéro typique en terrasse, surtout
les jours où le marché s'installe juste en face.
À Ajaccio, j'ai choisi l'hôtel Mercure, calme et
bien situé : c'est une relais-Mercure. Tout à côté,
dans
le Golfe, à Porticcio, le centre de thalasso de l'hôtel
Sofitel est une étape exceptionnelle.
Profiter du trinichellu,
le petit train qui traverse la Corse, pour visiter l'arrière-pays
(et surtout pour vous évader d'Ajaccio !), ça ressemble
à une bonne idée : en plus, "tout près
ou presque" de chaque gare, Boccognano, Vizzavona, Corte,
Venaco, Vivario, se trouve une auberge réputée et
accueillante, à condition d'y aller en saison, parce que
hors saison, huit mois par an, votre présence emmerde tout
le monde. La nuance sympathique réside dans le "tout
près ou presque" : si vous voulez faire de la vraie
marche à pied sur des routes qui montent plus souvent qu'elles
ne descendent, c'est le top, mais si vous voulez plutôt
découvrir la gastronomie et la sieste corses, le train
est une très mauvaise idée, il y en a deux à
trois par jour et les gares sont entièrement paumées
au milieu de nulle part. Je vous le dis solennellement : préférez
la voiture.
Dans la première hypothèse, celle des amateurs de
la vraie marche qui tue les pieds, le trinichellu propose la "carte
zoom", un abonnement pas cher qui vous offre la consigne
dans toutes les gares du parcours (bon plan pour les randonneurs
et les itinérants).
Dans la seconde hypothèse, nempruntez le petit train
que pour admirer le paysage, ou pour aller visiter tranquillement
les étapes que je vous suggère.
Sur le parcours, Corte
est à ne surtout pas rater.
Ville austère qui fut un temps la capitale de l'île,
elle a gardé un cachet majestueux et une forte identité.
Les habitants sont fiers de leur ville et ça se voit. Après
Ajaccio, ça s'apprécie. À Ponte-Leccia, vous
avez le choix entre deux directions : Bastia ou Calvi. Je vous
conseille Calvi
: le tronçon ferroviaire est le plus étonnant. Le
chauffeur s'arrête pour faire pipi, pour serrer les boulons
de la micheline qui pétarade comme une mobylette, pour
enlever des branches ou pour disperser, façon Lucky Luke,
un troupeau de vaches sauvages squelettiques mais subventionnées
par Bruxelles qui squatte les voies. Vous vous arrêterez,
juste avant Calvi, dans lagréable petite station
balnéaire de l'Ile Rousse.
Sur les hauteurs, le très accueillant,
très confortable et très convivial hôtel restaurant
A Pasturella de Monticello(04.95.60.05.65.).
À votre table, des oursins frais du matin servis sans façon
et avec le sourire en jeans et espadrilles, un curry de gambas,
une fricassée de rougets ou un ragoût de lotte au
safran et au foie gras qui vous laisseront pantois, avec des Desserts
à tomber par terre, si tellement bons que les évoquer
sans majuscule serait sacrilège !
Vingt chambres, la plupart avec balcon, pour 390 F. la nuit à
deux (petits-déjeuners compris), et un excellent repas,
vin, apéro et tout le tralala pour 300 F. par personne.
Ne le ratez pas ! Tout en bas, à lIle-Rousse, ainsi
nommée à cause de la presquîle aux reflets
dorés qui lui fait face, vous pourrez loger au Santa-Maria
(04.95.63.05.05) un trois étoiles face à lîle
(ne ratez pas les couchés de soleil) et donc forcément
face à la mer, et manger à La Cave, place Paoli
(04.95.60.33.41.). Cest un petit resto sans prétention
mais frais, joli, où lon mange bien pour pas cher,
avec quelques bons vins de pays et un service attentionné.
Nous
voilà à Calvi, petit port pimpant à lombre
de la citadelle, que lon doit apprécier hors
saison (les meilleurs moments : mai, juin et fin septembre). Lhôtel
prisé pour sa vue est le Balanéa
(04.95.65.94.94.), un modeste trois étoiles qui a dû
acheter la troisième, lélectricité
fatiguée est dépoque et la plomberie aussi,
mais cest le seul dont les chambres, spacieuses, avec balcon
(400 F. la nuit) donnent sur le port. Évitez absolument
celles qui donnent sur la rue, et évitez aussi de prendre
votre petit-déjeuner (cher et décevant) dans la
salle du premier, qui va vous foutre le cafard pour la journée
: sur le balcon de la chambre, par contre, cest un moment
de pur bonheur comme on en aime pendant ses vacances. Tous les
autres hôtels sont en ville, vous pouvez néanmoins
préférerle
Saint-Christophe (04.95.65.05.74.), et, beaucoup plus cher,
limite luxe,
La Villa (05.95.65.10.10.), exceptionnelle étape.
À Calvi, U Casanu réinvente le cassoulet et le carpaccio
de saumon, fabuleusement bien assaisonné, et propose un
jambon de pays divin. Malgré une cave très réduite
et un cadre étriqué un peu cantoche, cest
une adresse incontournable au service sympa (04.95.65.00.10.).
Sur les quais, près du port des ferries, sans être
transcendantal, le Comme chez Soi est à garder en joker
(04.95.65.45.81.). Vous noublierez surtout pas doublier
le Jardin des Magnolias. Lhôtel a bonne réputation.
Le resto aussi, ce qui est bizarre, mais il se paye très
cher votre tête.
Bastia,
enfin, notre dernière étape, est une ville surprenante,
une métropole d'Afrique du Nord extraordinairement méditerranéenne,
on y retrouve les odeurs et les couleurs d'Alger ou de Tanger,
les petites rues de Naples, avec le linge qui sèche, les
maisons discrètes fermées par de lourdes portes
comme dans les quartiers populaires de Barcelone (oui, il en reste).
D'abord lovée autour du vieux port, elle s'est étirée
le long de la mer.
À Bastia, vous logerez à l'Hôtel
Posta Vecchia (Quai des martyrs, 04.95.32.32.38.), petit deux
étoiles tout juste confortable à 360 F. la chambre,
idéalement situé entre le vieux port et la place
Saint-Nicolas, juste à l'endroit où manuvrent
les ferries qui semblent vouloir entrer dans votre chambre par
la fenêtre qui donne sur le large.À Bastia se trouve
surtout une des meilleures adresses de Corse : Le Chérubin,
un restaurant d'exception encore totalement inconnu qui vaut le
voyage (rue Pino, dans le quartier du Marché, 04.95.31.87.02).
Une cuisine étonnante et raffinée, un cadre romantique,
une honnête cave pas chère, un service discret et
efficace, une carte inventive ... vous en sortirez angélique
et en titubant de plaisir !
Vous pourrez aussi déguster la cuisine toscane de la Trattoria
Al Dente, sur le vieux port (04.95.32.33.91), et vous attabler
pour un repas de bonne brasserie à La Table du Marché(04.95.31.64.25).
Vous y retrouverez les notables du coin qui se pensent en sortie
gastronomique, mais cest très exagéré
! Autres bonnes choses de la Corse, le vin ! On en reparlera bientôt.
Il faut bien viser pour apprécier la Corse : lété,
cest Eurodisney, avec son contingent de touristes en short
et ses prix qui triplent ; lhiver, cest le Sahara
et il est plus prudent demmener son sandwich.
Bonnes routes insulaires quand même, et bon appétit
au Chérubin, A Pasturella, U Casanu
paru dans Gazoline 49
d'août et septembre 1999
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline