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fume c'est du Belge ! ou "l'art d'apprécier un bon cigare"
exclusif ! article censuré par la loi Évin !


Après un bon repas, ou un œuf sur le plat, quoi de mieux qu’un bon cigare, accompagné d’un Armagnac, d’un vieux Cognac, ou d’un Rivesaltes rouge ambré " très vieux Aimé Cazes " de 1976 ? Lorsque deux créations, aussi humaines que divines, se rencontrent, elles s’épousent et se complètent pour s’enrichir mutuellement. Chacune encourage l’autre à se donner, à se dévoiler, à se surpasser : un cigare accompagné d’un Armagnac, c’est le bonheur assuré, où que vous soyez, l’alchimie des terroirs est incomparable.

Après une dure journée, une longue semaine, un éprouvant voyage, quoi de plus réconfortant, de plus délassant, qu’un Flor de Copan du Honduras, ou un Flor de Selva, toujours du Honduras (dont la capitale s’appelle, comme chacun sait, Tegucigalpa) ?
En cigares, je suis Honduras à fond, même si je ne dédaigne pas, à l’occasion, les merveilles que nous envoient les îles de Cuba ou de Saint-Domingue : pour la fête des Gastronomes, offrez-moi des Flor, ce sont mes préférés.

Je ne vais pas vous la jouer peau de bête, feu de cheminée, cristal et fauteuil Club, le cigare s’apprécie partout, loin de ces clichés éculés. Le digestif est aussi en option : une bonne eau minérale fait largement l’affaire, une table en formica me suffira, un verre à moutarde si je n’ai pas le choix, un rocher, une planche, une timbale en alu, mon cheval pour un gobelet ! Fumer un cigare, c’est ouvrir une parenthèse, s’offrir, dans les volutes qui forcément isolent, un moment à soi, une heure de réflexion pour se regarder en dedans, pour profiter en égoïste de la magie de la vie. Les amateurs, les aficionados, parlent de leur cigare comme d’un bon vin, comme d’une femme pour les plus machos, de ses arômes et de sa robe, de ses vapeurs de caramel, de son parfum boisé ou floral, ils s’évadent en le dégustant (à 12, 13° d’humidité), après l’avoir conservé dans une cave de cèdre espagnol, le bois qui lui fait le plus de bien, ils le hument et le dévisagent avant de le presser délicatement pour s’assurer de sa fraîcheur. La relation tactile n’est que tendresse et délicatesse : il faut sentir le cigare rouler sous ses doigts, l’humecter avant de l’allumer, pour faire sa connaissance.

Un cigare allumé à point, même dans un coin pourri, c’est un tango en Finlande avec un ours câlin, un clin d’œil de baleine à Tadoussac, un Opéra de Mozart à la Fenice, une nuit dans le Namib ou sur le pont du Marion Dufresne, en canoë sur le Lac Ontario avec le dernier des Mohicans … Il est ainsi des moments magiques, des moments où, même moi, je ne parle plus, parce que, tout simplement, je n’ai plus rien à dire, des moments où on se comprend, où l’on comprend tout, des moments rares, intenses, pendant lesquels il ne se passe rien, sauf l’essentiel, des moments qui doivent rester exceptionnels, au risque de devenir quelconques.

Mes meilleurs cigares, je les ai appréciés chez moi ou ailleurs, seul, avec des amis, pour partager, ou entouré de cons, pour les oublier. Ces moments-là s’imposent sans être invités, dans des lieux parfois improbables, autour d’un feu dans le Rum avec des bédouins jordaniens, après une plongée en Mer Rouge, ou au sommet des rochers qui encerclent Petra, en fin d’après-midi sur un brise-lames d’Ostende ou dans le Néguev, autour d’un thé corsé très sucré.

Lorsqu’un tel moment se profile, lorsque s’annonce un moment rare, je m’allume un cigare : tout peu s’écrouler, la vie s’arrêter, je m’en fous. Mon cigare et moi, on s’en fout. On est deux pour la vie, et il faut en profiter : c’est pas bien long, la vie d’un cigare … Le cigare, comme le vin, est né quelque part, il en tire sa personnalité, la façon dont il a été élevé, fabriqué, conditionne son caractère. Ce ne sont jamais que des feuilles de tabac, séchées, roulées à la main, dans un lent processus d’élaboration purement artisanale : 292 gestes ont été nécessaires avant qu’il ne s’envole en fumée, avec lenteur, pour profiter de ces dernières minutes de vie incandescente. Le cigare est un produit bio par excellence.

Le Flor de Selva est un cigare de femme, élaboré par une femme, il en a l’intelligence et la subtilité : les vins de femme, les cigares de femme, les sourires de femme donnent à la vie la saveur qui parfois lui fait défaut.
Le Flor de Copan, élevé dans les mythiques territoires des Mayas, allie force, douceur et finesse.

Le DVD " le cigare " raconte le passionnant périple de la feuille qui devient cigare
: Christophe Colomb a ramené en Europe ce qui n’était qu’une plante médicinale, que les Mayas fumaient depuis plus de 1500 ans pour se rapprocher de leurs Dieux. La première manufacture a ouvert en 1217 à Cuba, puis la Révolution de 1959 a poussé pas mal de producteurs à s’exiler au Nicaragua, au Honduras et en République Dominicaine (qui partage, avec Haïti, l’île de la Dominique), l’embargo américain sur les produits cubains de 1962 leur a permis de se développer et de s’affirmer. C’était pour le cigare un juste retour aux sources. Le documentaire, pédagogique, jamais saoulant, explique, au son entêtant des rythmes latino-américains, la cape, la sous-cape et la tripe, le travail des vegueros et des torcedores, à la fois artistes, sculpteurs et couturiers, la fermentation et le séchage, il visite les plantations et les ateliers, dans des paysages superbes, où tout le monde fume des barreaux de chaise, femmes, ados et vieillards, cultivateurs ou manutentionnaires … Ce DVD donne, grave, envie de s’en allumer un !

Fumer nuit gravement à la santé (mention obligatoire quand on parle de tabac), c’est vrai, encore que, pas plus que le sport ou le travail. Le cigare n’est pas dangereux quand il est consommé avec modération : ce n’est pas l’usage qui pose problème, mais l’abus, pour le cigare comme pour le reste. Déguster pour profiter, telle doit être notre devise. Bonnes routes enfumées à vous, bonnes vacances et beaucoup de bons moments, le plus possible, avec ou sans cigare, avec ou sans Armagnac, avec ou sans cannelle … non, je déconne !

© Pierre-Brice Lebrun (juin 2005)
 
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le Flor de Copan (distribué par Altadis)
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