Cest lhistoire de Manue B. de Paris et de Régis
"boum-boum" Threshold, le tambour XXL, qui, un jour,
entre la Verrière, les Apennins et Puteaux, fondèrent
le groupe, la bande des Manureg. La troupe prospéra en
région parisienne, mais, très vite, sy ennuya.
Nos deux compères, qui rêvaient dhorizons nouveaux,
décidèrent alors, après moult réflexions,
calculs et prévisions qui font mal à la tête,
daller sétablir à Bonneval, petit hameau
de Fossemagne, entre Brive-la-Gaillarde et Périgueux, sur
les terres jadis sillonnées par Jacquou le Croquant. Dans
ma bibliothèque, à ses côtés, le Roman
des Manureg a plus dimportance et dépaisseur
que tous les déboires des Rougon-Macquart.
Or donc, ils embarquèrent dans la camionnette Xavier et
Undie le chat, le frigo-vache et la girafe, pour sen aller
gaillardement refaire leur vie en Dordogne, dans le Périgord
noir.
Ils jetèrent leur dévolu sur une longue et fière
bâtisse dressée au centre du bourg : face à
elle, une calme pelouse et de hauts arbres protecteurs, dans son
dos, un étang et des bois à nen plus finir,
autour, du calme, de la sérénité, du confit
et du foie gras.
Ils étaient trois, cest déjà pas mal,
avec un chat chasseur sachant désormais chasser les chouris
et les chouettes, mais comme disaient Athos, Porthos et Aramis,
en décapsulant à la pointe de lépée
des flacons dAuxey-Duresse : il en manque un, non ?
Leur cadet se pointa un jour, affamé, les moustaches au
vent, les flancs creusés par trop daventures et le
panache haut dressé : oh la, citoyens, avez vous de leau
et pourquoi pas quelques volailles pour un bâtard esseulé
qui échangerait volontiers belle liberté contre
douillet panier, gamelle assurée contre poubelles à
fouiller et repas à courser ? Cest ainsi que Zion
(prononcez Zaïone), avec un z comme zigoto, préposé
à la sieste, à la grasse mat et accessoirement à
la garde du camp, rejoignit la compagnie.
Les Manureg travaillèrent darrache-pied pour bâtir
au sein de leur imposante demeure quatre chambres dhôtes
charmantes et chaleureuses, quils baptisèrent, on
les reconnaît bien là, du nom des Grands Crus de
la région, la Pécharmant, la Montravel, la Montbazillac
(ma préférée), et la Bergerac, qui peut si
vous voyagez en famille être associée à La
Petite Borie. Ils les ouvrirent sitôt achevées, et
les meublèrent avec goût, tant pour accueillir le
parisien fourbu que le voyageur éreinté, le citadin
stressé que le touriste soucieux de son bien-être
et de sa santé mentale.
La quiétude des lieux et de ses habitants a un effet apaisant
immédiat sur qui sy arrête une nuit, une semaine,
une fin de semaine (allongée, pourquoi pas) ou une éternité
: elle appelle à la méditation gastronomique (cest
un nouveau concept légèrement personnel, bien plus
attractif, je trouve, que les préceptes bios du Dalaï
Lama : vive le canard, le pinard, loie et le cochon !).
Le petit-déjeuner servi aux pieds de la Godin s'exprime
autour des confitures de la maison, qui, sur commande, fait aussi
table dhôtes ou barbecue. On y fait une étape
salvatrice sur la route des vacances, on y passe un week-end douillet
en amoureux, un week-end sportif en randonneur, gourmet en gourmand,
culturel en curieux : le sous-préfet de Daudet eut connu
lendroit, ce nest pas aux champs quil se serait
arrêté pour composer (que nenni !), mais ici, à
nen point douter !
Nulle démarche mystique dans lexode de ces banlieusards
immigrés, juste lenvie de vivre mieux, moins vite,
de prendre le temps de regarder passer les oies sauvages. Les
Manureg connaissent ce qui, aux alentours, doit être découvert,
les sites à visiter, les balades à se fatiguer les
pieds, les petits restos fréquentés hors saison
par Pantagruel, mais jamais, pour rester rabelaisien dans la parabole,
par Panurge et ses moutons, les producteurs de foies gras et de
cous farcis, de confits et de tas dautres trucs qui se dégustent
les yeux fermés ou écarquillés de bonheur.
La région est riche : vous êtes tout à côté
du Château
de lHerm et de la
fabuleuse Grotte préhistorique de Rouffignac (toutes
les infos à l'office
de tourisme), de Montagnac et de Lascaux,
de Brantôme
et des
Eyzies de Tayac, du Château
de Hautefort et de ses jardins.
Un tout petit peu plus loin, Périgueux (35 km), Bergerac
et la
Corrèze (avec son petit vin de pays, la Cuvée
des Mille et Une pierres), Brive-la-Gaillarde (45 km), Collonges
la Rouge et la
gourmande Sarlat (45 km).
Encore un peu plus loin, mais si peu dans une région si
belle, où se balader est si agréable, le Gouffre
de Padirac et Rocamadour,
Clermont-Ferrand et Bornéo (non, là je déconne).
Les Manureg sont cernés (et non cerneaux : jeu de mots
local) de belles et bonnes choses, leur bonheur est communicatif
et vous navez pas encore appelé (de ma part) pour
réserver ? Dépêchez-vous, et bonnes routes
!
Les
Chambres de Bonneval sont à Bonneval qui est à
Fossemagne en Dordogne (05.53.35.85.95) : des chambres pour 2
de 35 à 45 euros (de 30 à 40 euros pour un) et une
chambre pour 3 ou 4 à 65 euros (le lit supplémentaire
est à 12 euros) avec le petit-déjeuner évidemment
compris. La table dhôtes propose un menu unique à
16 euros.
Mes bonnes adresses dans le coin !
Je vous recommande à nouveau une des tables inscrite à
mon Panthéon personnel : le Vieux Moulin des Eyzies de
Tayac (05.53.06.94.33). Cest le restaurant de lhôtel
le Moulin de la Beune : il se trouve juste en contrebas du Centenaire,
la grande table du coin. Je vous recommande aussi (entre Les Eyzies
et Sarlat) la
ferme auberge de la Rhonie à Mérals chez la famille
Coustaty que vous embrasserez pour moi (05.53.29.29.07).
Vous vous souvenez que je vous ai déjà emmené
à Sarlat : jy suis retourné récemment
pour mettre à jour mon carnet de bonnes adresses. LOffice
de Tourisme jadis étriqué a déménagé
et sest épanoui (05.53.31.45.45). Le bar Le Royal
de mon ami Philippe que je vous conseillais pour lapéro
sur la place de la Liberté a changé de proprio puis
fermé définitivement et mon copain Philippe a disparu
(si vous le croisez
). Par contre la Rapière (menus
de 12 à 35 euros, vin au verre de 2.50 à 4 euros)
et lAuberge du Mirandol (menus de 13 à 29 euros)
sont toujours là et la Halle Paysanne a enfin ouvert :
cest un quotidien marché couvert construit par Jean
Nouvel dédié aux producteurs locaux (larchitecture
est remarquable). Le Gaulois aussi est fermé : il était
réputé pour ses glaces son jambon et son toit illuminé
la nuit mais un autre Gaulois sest installé rue Tourny
(05.53.59.50.64). Le Grand Bleu (qui navait pas aimé
mon article) est toujours amarré en face de la gare avec
ses écrevisses et ses rougets. On ma dit beaucoup
de bien de trois tables qui viennent du coup sajouter à
ma liste : le Bouffon (de 8 à 25 euros) et lAuberge
des Lys dOr (de 10 à 24 euros) sans oublier Les Quatre
Saisons (plusieurs sarladais le considèrent comme une table
incontournable avec des menus imposants très accessibles
de 17 à 31 euros). Le Présidial qui mavait
épaté le palais et les papilles est toujours à
ne pas rater mais les avis divergent encore sur Chez Rossignol
qui moi ne ma pas séduit. LHôtel du Lion
dOr na pas changé et lHôtel
des Récollets a fini de se rénover : il est
probablement la plus agréable étape de la ville
et le meilleur rapport qualité prix.
Pensez très fort à moi si vous déambulez
dans cette Cité magnifique (merci).
la Rapière : place
Peyrou (05.53.59.03.13)
lAuberge du Mirandol : 7 rue des Consuls (05.53.29.53.89)
lHôtel du Lion dOr : 48 avenue Gambetta (05.53.59.00.83)
lHôtel des Récollets : 4 rue Jean Jacques Rousseau
(05.53.31.36.00)
le Présidial : 6 rue Landry (05.53.28.92.47)
lAuberge des Lys dOr : rue Albéric Cahuet (05.53.31.24.77)
le Bouffon : rue Albéric Cahuet (05.53.31.03.36)
le Quatre Saisons : 2 Côte de Toulouse (05.53.29.48.59)
article paru dans
Gazoline numéro 101 d'avril 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline