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pierre-brice passe ses vacances dans les Ardennes


Passer ses vacances d’été en France dans les Ardennes, aux confins de la Thiérache, de la Belgique et des vignobles de Champagne, c’est profiter pour deux fois rien des richesses méconnues de ce département savoureux, de ses richesses naturelles, champs et forêts à perte de vue, de ses richesses historiques (la forteresse de Sedan, la place Ducale de Charleville-Mézières ou la ville fortifiée de Rocroi), de ses richesses humaines et de ses richesses gastronomiques, immenses et délectables, de ses routes sans bouchons ni péage et de ses parkings sans touristes. C’est profiter également, quelques kilomètres plus au Nord, à Couvin, Bouillon, Orval ou Chimay, des richesses de son accueillante voisine la Belgique !

Passer ses vacances dans les Ardennes, c’est assurément les réussir sans se ruiner !
La meilleure solution, comme souvent, est de louer un Gîte, pour son coût, bien sûr (250 euros par semaine en moyenne pour six personnes, on en trouve des plus petits et des plus grands), pour sa convivialité, jardin, vaches et barbecue assurés (comme celui de Monsieur et Madame Barra à Cernion), mais surtout pour la liberté qu’il offre. Vous mangez ce que vous voulez quand vous voulez, vous allez au Marché (celui de Rethel est très sympa, profitez-en pour ramener des boudins de chez Duhem, je vous en ai déjà parlé), chez le boulanger, le pâtissier (pour la tarte au sucre et le gâteau mollet), ou dans un supermarché belge, nettement moins cher, pour découvrir fromages (Maredsous, Chimay, Herve qui pue mais qui est si bon avec un peu de sirop de Liège, comme la confiture de cerises noires sur le fromage corse), charcuteries, pain et bières …

Rien ne vous empêche de vous faire, de temps en temps, une petite bouffe : pour la petite bouffe de tous les jours, ce sont
les frites, évidemment, celles de Jacquouille à Couvin, pour la bonne bouffe, c’est La ferme de Monthimont à Montimont, tout à côté de Sedan, de loin la meilleure table du département : chez Thierry et Béa, dont je vous ai déjà dit beaucoup de bien. On les a bien raillées, les frites belges, on s’en est bien moqué, mais il faut avouer qu’elles sont exceptionnelles !

La cérémonie de la frite est à la Belgique ce que la cérémonie du thé est au Japon : une religion. La pomme de terre est sélectionnée, elle n’est jamais congelée, mais coupée à la demande (les pommes de terre épluchées attendent leur tour dans un seau d’eau), les frites sont cuites une première fois dans de la graisse animale ou végétale (il y a plusieurs dogmes), étalées sur un égouttoir pour se reposer, puis cuites une seconde fois, par surprise, pour être servies bien dorées et fondantes à cœur.

On les mange en cornet (pas en barquette : quelle horreur !), avec une Jup (une Jupiler, la bière courante, excellente ou la Bière des Fagnes native de Couvin), et de la mayonnaise, même si ça se perd (tout fout le camp), on les accompagne d’une boulette de viande qu’on appelle un boulet, chaud ou froid, nature ou en sauce (comptez de 3 à 5 euros/personne pour un repas complet avec frites, boulet et Jup : moins cher qu’en Jordanie !). Il y a une variante : moules et frites, par exemple
sur les quais de la Semois à Bouillon au Restaurant des Remparts.

Thierry et Béa ont quitté leur petit resto des quais de Charleville-Mézières pour ouvrir à côté de Sedan La ferme de Monthimont à Montimont. Écoutez-moi bien quand je vous dis des choses importantes : allez-y vite parce que bientôt (moi je dis : dans deux ou trois ans), Thierry sera reconnu pour ce qu’il est depuis longtemps : un vrai chef qui apporte beaucoup à la gastronomie du terroir ardennais dont il n’utilise que les meilleurs produits magnifiés et sublimés. Ça ne se discute pas : ça se sent !

Chaque région a son étape dans mon panthéon dont Monthimont fait partie : Daniel Labarrère à Tarbes, Jean-Paul Jeunet à Arbois, Franck Quinton à Bagnoles de l’Orne, Patrick Klipfel à Strasbourg … C’est mon Quinté gagnant !

Comme tous les vrais artistes, Thierry ne se la raconte pas, il se confine en cuisine pour discuter avec ses fourneaux ses dindes rouges et son Maroilles fermier (vous pouvez en acheter de l’excellent chez Saveurs et Terroirs même par correspondance) tandis que Béa pétille en salle, accueille, installe, plaisante et vibrionne. Cette ferme a tout du palais ! On attend avec impatience l’aménagement des chambres qui vont parfaire l’édifice pour venir y passer tous les ponts et week-ends dont on ne sait en fait que faire !

Passer ses vacances dans les Ardennes, c’est apprécier ce pays et cette table d’exception, c’est s’épater sans se ruiner, c’est se faire des tas d’amis ! Bonnes routes !


Infos pratiques et carnet d’adresses
La fédération des Ardennes des Gîtes de France (03.24.56.89.65)
Le Restaurant des Remparts, 31 quoi des Remparts à Bouillon (061/46.75.82)
La Ferme de Monthimont à Montimont tout près de Donchéry (03.24.22.32.85)
quatre menus de 13 euros à 35.50 euros avec un fabuleux Menu Peupliyie à 22.50 euros
Chez Jacquouille et Paty, 51 rue de la gare à Couvin (le petit camion garé à perpétuité place Léopold à Chimay en fait aussi d’excellentes)
Saveurs et Terroirs à La Capelle (03.23.97.17.16
)

André Dhôtel (1900-1991), écrivain français trop peu reconnu, grand pourtant parmi les grands, est né dans les Ardennes, exactement à Attigny. Il est l’auteur du pays on l’on n’arrive jamais (Prix Fémina 1955), et surtout de l’enfant qui disait n’importe quoi, qu’il est urgent de faire lire à tous les pré-ados : personne n’a su raconter avec autant de sensibilité l’active mélancolie incontrôlable, souvent douloureuse et toujours incompréhensible, qui assaille les gamins aux alentours de treize ans. Ceux qui la vivent intensément sont sauvés, les autres finissent banquiers. Les romans d’André Dhôtel sont faits d’amours adolescentes romantiques et de rencontres improbables, de sermons respectés et d’amitiés indestructibles forgées lors de balades dans les Ardennes et ailleurs. Les éditions Phébus ont la bonne idée de rééditer plusieurs de ses romans dans la collection Libretto (aux alentours de 9 euros), tous sont disponibles sur pierre-brice.com. Lisez-les sur place, sous un arbre, ils prendront une saveur magique.

Le 5 octobre 1918,
Roland Garros (non, ce n’est pas un tennisman), est tombé dans les champs de blé de Saint-Morel. Il est celui qui a vaincu la Méditerranée, le 23 septembre 1913, en la traversant d’une traite aux commandes de son Morane-Saulnier, de Saint-Raphaël à Bizerte (Tunisie), en près de huit heures. Son Spad a été abattu par une escadrille de Fokker. Du haut de ses douze ans, Mermoz qui habitait tout à côté, l’a peut-être vu tomber. Un monument ailé a été édifié là où le héros s’est écrasé. Il est enterré au cimetière de Vouziers.

paru dans Gazoline 103 de juillet 2004
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline

 
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