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escapades dans l'Aisne et visite du Musée Mermoz à Aubenton


J'ai décollé tôt, ce matin, il m'a prêté son avion, un Potez monomoteur 36 F immatriculé ALAM, il m'attend pour déjeuner, je mets cap au nord, vers l'Aisne, la Thiérache qui borde les Ardennes. Mon atterrissage est ridicule, il se moque de moi, mais les plaines d'ici ne sont pas très plates : ah bon, tu crois qu'à Saint-Louis, on avait du macadam ? Il me raconte sa vie, son enfance, sa jeunesse, ses premiers horizons. Enfant, il voit voler Guynemer et les Spad de 14-18, Blériot et Latham. Il fuit la guerre à Aurillac, rate son bac à Paris. Soutenu par Mangaby, comme il l'appelle, sa maman Gabrielle à qui, toute sa vie, il écrira, du Sénégal, de Toulouse et d'Amérique, à qui il racontera tout, qui se fera enterrer avec, contre son cœur, les lettres de son fils, il s'engage dans l'armée, apprend à piloter, obtient à Istres, le 8 février 1921, le brevet militaire numéro 18096, aux commandes d'un G3 Nieuport Bréguet. Il a vingt ans. Il me raconte la Syrie, cette guerre lointaine, ensablée et ensoleillée, les quatre jours et quatre nuits passés dans le désert avec son mécanicien Bertrand, sans boire, ni manger, à côté de La Palmyre. Il me raconte la Croix de Guerre, l'escadrille 57 de Thionville qu'il rejoint en 1922, où il rencontre son ami Guillaumet et pratique l'épée : il ne veut pas le reconnaître, modeste, mais il est de l'avis de tous un escrimeur redoutable. Sa vie, il le sait, se passera dans les airs. Il démissionne de l'armée, dépose sa candidature à la CGEA le 13 octobre 1922 : "pilote de ligne ou pilote d'essai, peu importe pourvu que je vole et que je ne sois plus militaire". De retour à Paris, il est tour à tour balayeur, laveur de voitures et gardien de nuit. Didier Daurat l'appelle à Toulouse. L'entretien est une catastrophe, il me raconte ses loopings, ses cabrioles pour épater la galerie : je recherche des pilotes, lui dit Daurat, pas des artistes de cirque, rentrez chez vous. Il finit par l'embaucher, le 23 octobre 1923. Il relie, au péril de sa vie, Toulouse à Alicante, Alicante à Casablanca, Casablanca à Dakar, survole le Sahara en longeant la côte, reste dix jours prisonnier des Maures. Mangaby doit avoir très peur. En 1928, il traverse le Brésil d'une traite, entre Natal et Buenos Aires. Il ouvre la première liaison aéropostale sans escale, de Saint-Louis du Sénégal à Natal, les 12 et 13 mai 1930, avec l'hydravion Laté 28-3 Comte de la Vaux, qui rejoint au Panthéon des aéroplanes le Concorde, le Spirit of Saint-Louis, l'Émeraude de Noguès, le Vieux Charles de Guynemer, et l'Oiseau Blanc de Nungesser et Coli. Le Comte de la Vaux, c'était son passager le jour où il a dû se poser sur une étroite plate-forme enneigée de la Cordillère : leur Laté 25 glissait vers un précipice, il s'est jeté avec lui sous les roues pour l'immobiliser, tandis que Collenot le mécano le calait avec des pierres. Il bat le 12 janvier 1933 le record du monde de distance en reliant d'une traite l'Étang de Berre à Saint-Louis du Sénégal. En douze ans, il accepte tous les défis, prend tous les risques. Kessel écrit un livre sur lui, ça le fait sourire. Le soir tombe. Les Croix de Feu ? Je volais moins, j'avais besoin d'engagement, de combat, je n'ai pas choisi le bon. Il faut que je m'en aille : et toi, tu fais quoi ? Il regarde les lumières d'Aubenton : moi, je reste ici, c'est chez moi, je n'y ai pas vécu beaucoup, mais j'y ai mes racines, on vient me voir souvent, Antoine, Henri, mon ami Fournier, tous les autres, Roland, qui est tombé pas loin, à Saint Morel. Je reviens au volant de mon auto par la Nationale 2 qui contourne Laon et Soissons. Le 7 décembre 1936, les vagues de l'Atlantique ont englouti le Croix du Sud. À 10 heures 47, il a dit "coupons moteur arrière droit", sa voix a crépité dans un casque à Dakar, puis il n'a plus rien dit, il ne dira plus jamais rien, c'était sa 24ème traversée. L'hydravion Latécoère 300 quadrimoteur (quatre moteurs Hispano Suiza disposés en double tendeur sur l'aile, quatre hélices tripales, deux tractives et deux propulsives, qui faisaient voler l'appareil à 210 km/h), a sombré avec son équipage, Pichadou le copilote, Lavidalie le mécanicien, Cruveilher le radio et Ézan le navigateur. Il devait fêter ses trente-cinq ans deux jours plus tard avec ses amis Saint-Ex et Guillaumet à Buenos Aires, ils allaient faire la fête pour conjurer le sort, pour oublier leur quotidien, qu'aucune bête n'aurait voulu vivre, mais qu'ils n'auraient abandonné pour rien au monde, des crêtes des vagues aux sommets des Andes. Il a disparu en mer, comme tant d'héros ailés, il a donné sa vie pour que volent les avions, pour qu'existe l'aviation, pour que l'homme puisse communiquer, vivre, voyager, et qu'en a-t-il fait, l'homme ? affublé d'un bob ridicule, il va polluer en grappe des peuples qui ne lui ont rien fait, il envoie des cartes postales avec des fesses bronzées et des seins nus, il jette sur les ruines de Pétra sa canette de Coca, tandis que des commandants de bord millionnaires font la grève pour préserver leurs acquis sociaux. Dis moi, Mermoz, rassure-moi, tu n'es pas mort pour eux ?

Le Musée Mermoz est situé en face de sa maison natale, place de l'église à Aubenton, dans l'Aisne, entre Vervins et Hirson, il est ouvert du 1er avril au 31 octobre (2 €), le mercredi et le samedi de 14 heures à 16 heures, ou sur rendez-vous (03.23.97.70.22 ou 03.23.97.74.65). Il retrace sa vie avec des photos, des lettres, ses médailles, ses brevets de pilote, des coupures de presse disposés autour de son berceau, de son bonnet de baptême et de son brassard de communiant.

paru dans Gazoline 93 d'août & septembre 2003 (paru en juillet)
© Pierre-Brice LEBRUN & Gazoline


Mon Top-Sept dans l'Aisne

Hôtel ** Restaurant de l’Abbaye
rue des Tourelles à Longpont (03.23.96.02.44)
Aux confins de la Forêt de Retz, nous sommes chez les Mousquetaires, dans un petit village médiéval, paradis des chasseurs et des promeneurs, Athos vient en voisin, de la Fère en Tardenois, dont il est vicomte, et Dumas reposait tout à côté, à Villers-Côterets, avant d’être panthéonisé contre son gré. Le cadre est chaleureux, tout simplement celui d’une auberge de village, on contemple par la fenêtre les ruines impressionnantes d’une abbaye cistercienne du XIIème siècle. La carte est régionale, avec du gibier en saison, terrine de sanglier et daguet, les produits sont du terroir, d’ici, d’ailleurs et d’à côté, Maroilles, chicons à l’amertume sucrée qui fleure bon le dimanche dans les corons, omelette au lard, pied de cochon pané, poule au riz et tête de veau, la moutarde ancienne et le brie fermier sont de Meaux, le vin à ne pas rater est un coteau champenois rouge de Cumières, un peu cher, mais excellent avec la côte de bœuf préférée d’Aramis (en gourmet, forcément, il l’aime saignante)


Restaurant Le Huteau
place de l'église à Plomion (03.23.98.81.21)
menu à 16 €, compter 30 € à la carte
Sur la route des Églises fortifiées, après le Pommel de Thiérache en apéritif, eau de vie de cidre et jus de pomme vieilli en fût de chêne, on sert au Huteau une cuisine bourgeoise du terroir, terrine en croûte et gibier, colorée, grenouilles et marée, subtile et simple, sans artifices, honnête et bien rôdée. Monsieur, depuis vingt ans, est au service et Madame aux fourneaux. Dans l'assiette, les goûts se suivent sans se télescoper, sauce, assaisonnement, cuisson, tout est parfait, comme dans une symphonie, même la traditionnelle tomate, plantée sur le bord de l'assiette un peu comme un garde Suisse désœuvré devant les grilles du Vatican, est goûteuse à cœur, juteuse et fière de s'exprimer de concert avec la côte d'agneau

Hôtel ** Restaurant Auberge de la Forêt (membre du réseau Logis de France trois cheminées)
Nationale 43 au rond-point de Guise entre Le Nouvion en Thiérache et Hirson (03.23.97.33.04)
7 chambres en extérieur façon motel, menus à 18,50 et 24,50 €
formules à 11,50 et 12,50 €, menu enfant à 8 €
La carte du restaurant fait la part belle aux produits du terroir, à la gastronomie de Thiérache, gibier en saison, champignons, Maroilles à toutes les sauces, de chez le réputé voisin Fauquet, le feu crépite dans la cheminée de cette maison forestière de briques rouges totalement isolée, la carte des vins est intéressante et complète, avec en prime des vins étrangers, d’Australie ou du Chili, le service est sympa, l’apéro local gagne à être connu, c’est une Folie Douce, à base de fruits rouges fermentés


achetez en ligne tous les produits du terroir que je vous conseille et encore beaucoup d'autres grâce à saveurs-et-terroirs.com une boutique installée dans la Thiérache qui propose en ligne les meilleurs produits locaux, Maroilles fermier, Folie Douce et Pommel, avec en plus tout un tas de trucs délicieux à déguster ! Avoir l'Aisne dans votre assiette, je vous promets que vous ne le regretterez pas !

Grand Café de l'Univers
place de l’Hôtel de Ville à Saint-Quentin (03.23.62.76.58)
ouvert tous les jours de 7h30 à 1 H
C’est une brasserie sans prétention, inoxydable, indémodable, même si le velours rouge a remplacé le skaï sur les banquettes, elle perdra son âme si elle se transforme, Gabin aurait pu y manger des moules frites, copieuse spécialité de la maison, votre petit-fils y dégustera un tartare haché à la main, une crème brûlée qui arrive brûlée pour de vrai, croquante et chaude, de la palette ou du boudin, forcément pas cher, sans que change la décoration, l’ambiance, la clientèle hétéroclite et bigarrée


Hôtel ** de Florence (membre du réseau contact hôtel)
42 rue Émile Zola à Saint-Quentin (03.23.64.22.22)
30 chambres de 22 à 36 €, soirée étape de 45 à 52 € (avec la pizzeria voisine)
parking privé, fermé, gratuit
Non, ce n’est pas un palace, plutôt une étape pour commis voyageur, mais le personnel est accueillant et souriant, les chambres sont propres et confortables, la literie est excellente, l’hôtel est calme, idéalement situé en plein centre-ville, et le pain du petit-déjeuner est frais et croustillant, alors …


Restaurant le Vert Gouteille
80 rue d’Isle à Saint-Quentin (03.23.05.13.25)
authentique bouchon lyonnais, et Gouteille avec un G n’est pas une faute de frappe


Restaurant la Villa d'Isle
111 rue d’Isle à Saint-Quentin (03.23.67.08.09)
La table branchée où se retrouve, décontractée, dans un cadre hyper tendance, la jet set picarde de Saint-Quentin et des environs, la jeunesse dorée et les amateurs de bonne chair servie dans une ambiance in aux tons pastel. Dans la carte des vins, à côté de nombreux Bourgognes, on remarque un Saint-Estèphe Château Haut Beau Séjour 1998 à 31 €, et un Lalande de Pomerol Château Tournefeuille 1998 à 33,50 €.


Hôtel ** Restaurant de la Paix (membre du réseau Logis de France trois cheminées)
37 rue Vimont Vicary, au centre ville de Le Nouvion en Thiérache (03.23.97.04.55)
Hôtel ** Restaurant de la Paix, , 02170 Le Nouvion en Thiérache (), 03.23.97.04.55, 15 chambres de 43 € à 54 €, demi-pension de 53 € à 61 €, petit déjeuner à 5,34 €
Étape sympathique et confortable en plein centre du Nouvion

Et aussi ...

Pub Brasserie Restaurant Au Bureau

3 rue de la Croix Belle Porte (centre piétonnier) à Saint-Quentin (03.23.62.24.91)
ouvert tous les jours jusqu’à au moins 1 H du mat’
Une trentaine de whisky, des bières en pagaille, en bouteille, à la pression, à la girafe ou au mètre (2,5 litre entre 20 et 25 €, à se partager avec modération jusqu’au bout de la nuit), dans une ambiance décontractée de pub anglais art déco des années trente, on déguste, comme toujours dans cette enseigne de franchise pas étouffante, des welshes écossais (cheddar et pain de mie à la bière, avec salade, œuf, jambon, pommes de terre, de 7 à 9 €), des pizzas, des flammekueches (de 7 à 8,5 €), et de la gastronomie locale, avec des menus à 12 et 15 €

Hôtel *** Restaurant La Tour du Roy
(adhérent à Château & Hôtel de France)
45 rue du Général Leclerc à Vervins (03.23.98.00.11)
17 chambres de 53.36 à 121.96 €, 5 suites de 121.96 à 228.67 €, le petit déjeuner à 12.2 €, menus de 30.5 à 60.98 €)
forfait escapade à 205 € et un forfait découverte à 220 € avec la visite du château fort de Guise
Cette étape de charme allie luxe, calme et volupté, comme toujours dans les Châteaux & Hôtels de France, les chambres sont confortables à l’extrême, et le restaurant, où officie Annie Desvignes, est une table réputée. C’est dans une des trois tours de ce château qu’Henri IV a été reconnu Roi.

Et encore ...
Le Moulin de Laffaux sur la RN 2 à Laffaux (03 23 53 79 89)
entre Soissons et Laon, traditionnel et honnête routier
La Belle Porte, 49 faubourg Sommecourt à Vailly sur Aisne (03 23 54 67 45 ou 03 23 54 67 59)
Le Chouan, 1 rue Pétrot Labarre à Soissons (03 23 93 02 01)
Le Vert Gouteille, 80 rue d’Isle à Saint-Quentin (03.23.05.13.25)

 

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Le Familistère Godin
à Guise
tout à côté
Jean-Baptiste André Godin (1817-1888) était un capitaine d'industrie et un visionnaire. Son usine, qui fabrique les fameux poêles en fonte qu'il a fait breveter, emploie 1500 personnes en 1880. Pour loger ses ingénieurs et ses ouvriers, il fait édifier, entre 1856 et 1883 un "Palais Social" dans lequel chacun, quel que soit son grade, dispose de la même place et de toutes les commodités, extraordinaires pour l'époque, des toilettes, un vide ordures et de l'eau courante à tous les étages. Sur le site sont même construits un théâtre, une piscine et une école gratuite, laïque, mixte et obligatoire, une bibliothèque et des jardins d'agrément. Monsieur Godin ira jusqu'au bout de ses rêves et de ses utopies : il fait progressivement passer l'usine aux mains de ses salariés, réunis au sein de l'Association du Capital et du Travail, dissoute seulement en 1968.
Le Familistère de Guise est habité, mais il se visite (03.23.61.35.36)


d'autres infos
l'entreprise Godin
le Chateau des Ducs de Guise
le Comité Départemental de Tourisme de l'Aisne